Le Nouvel Automobiliste

Dix questions à Laurence Hansen, directrice produit et stratégie de Citroën

La présentation de la Citroën Ami, le jeudi 27 février, a mis en lumière la capacité des chevrons à défricher de nouveaux segments. Voire carrément à sortir de l’univers automobile proprement dit pour atteindre celui des quadricycles, de la multimodalité, du dernier kilomètre et in fine du Maas, les services de mobilité personnalisée. Dès lors, à quoi s’attendre pour l’avenir de Citroën ? C’est ce dont nous avons discuté avec la directrice de la stratégie et des produits, Laurence Hansen.

Le Nouvel Automobiliste : Vous avez annoncé que 100 % de la gamme Citroën serait électrifiée en 2025 : de quoi seront faites les cinq prochaines années ?

Laurence Hansen : La seule chose que je peux vous dire, c’est ‘faites-nous confiance’ car vous pouvez voir tout ce que l’on a déjà fait sous le mandat de Xavier Peugeot [précédent directeur stratégie de Citroën, NDLR]. Maintenant, la stratégie à cinq ans, je ne peux bien sûr pas vous en parler à part qu’avant d’atteindre 100 % de véhicules électrifiés en 2025, nous serons déjà à 80 % de la gamme dès 2021. Dans notre product line-up, nous aurons une très belle offre full electric dès le lancement sur le segment C en fin d’année. Ce sera une voiture exceptionnelle, que j’ai encore conduite lundi et franchement, c’est une vraie Citroën.

LNA : Mais alors c’est quoi, une vraie Citroën ?

LH : C’est de l’innovation, du confort, et de l’humain : des voitures qui répondent aux attentes des clients dans leurs segments, de l’innovation car on traite le concept de façon un peu différente, à la Citroën. Pour ce segment C, on peut même parler de néo-C-segment, avec une position de conduite différente, un design plus assertif, et enfin un confort qui est encore renforcé, où l’on va un cran plus loin, et au volant, elle est vraiment très intéressante à conduire.

LNA : La stratégie de la marque s’applique aussi au programme C-Cubed développé pour l’Inde ?

LH : Citroën a une stratégie d’internationalisation et ce C-Cubed programme va nous amener à lancer un nouveau modèle par an en Inde, et dans d’autres régions à venir. Il se décline aussi dans une seconde lecture, Clever – Comfort – Cool, qui rejoint ce que je disais à propos de ce qu’est une vraie Citroën.

LNA : Ce qui signifie que la marque va proposer des modèles différents dans chaque région, ou globaux ?

LH : Le positionnement de la marque ne change pas dans les régions. Je suis garante du fait que Citroën en tant que marque doit être comprise et assessée de la même façon partout dans le monde mais avec des yeux différents. Un véhicule en Europe n’est pas le même en Inde. En philosophie, Citroën est innovant, au cœur des marchés, et de chaque marché.

LNA : Parmi ces marchés, l’Europe compte beaucoup mais les réglementations CO2 évoluent vite. Comment peut-on prévoir l’avenir à 5 ou 6 ans d’avance ?

LH : Parce que nous sommes suffisamment agiles, que nous avons des prévisions, de l’expérience et que nous nous ouvrons des options. Regardez les résultats financiers du groupe PSA : ils sont impressionnants. Carlos Tavares fait un job remarquable, et ça nous permet de prévoir demain, d’être sereins. Aujourd’hui, en termes de CAFE [le mix CO2 par constructeur, corporate average fuel economy], je le redis car certains de vos collègues en ont parlé : tout se passe très bien chez nous. On ne fait pas Ami pour atteindre notre CAFE. Ami ne rentre pas dans le CAFE puisque c’est un quadricycle et non une voiture. On la compare à des scooters, des trottinettes… et c’est une autre réglementation.

Donc Ami est une vraie proposition d’exploration d’un nouveau territoire sachant que la gamme actuelle va bien et est travaillée par rapport à un objectif à la fois d’internationalisation via le C-Cubed programme et d’optimisation par rapport aux problématiques CAFE, sur lesquelles nous sommes au rendez-vous sans aucun problème.

LNA : Autres produits majeurs, les véhicules utilitaires : le Jumper se fait vieux, faut-il s’attendre à du neuf de son côté outre son électrification ?

LH : Là je ne peux pas vous répondre, mais la réponse est dans votre question ! Quand vous voyez la proportion des véhicules utilitaires dans nos ventes, c’est une activité dans laquelle nous sommes très fort et ça ne va pas changer.

LNA : Le rapprochement avec le groupe Fiat n’engendre pas de retard ou d’accélération de programmes ?

LH : Vous voyez la façon dont Carlos Tavares a travaillé les intégrations de marques qu’il rachète : elles arrivent, et elles s’intègrent dans le rythme, le flux et la stratégie que nous suivons. Donc nous ne sommes pas attentistes, nous sommes orientés vers une stratégie bien définie.

LNA : Pour revenir à l’Ami, vous allez « faire l’Europe à 5 » en la proposant d’abord dans 5 pays d’Europe. D’autres sont d’ores et déjà prévus ?

LH : Ami, c’est un champ de découverte. Y aura-t-il une version conduite à gauche ? Et pourquoi pas ? C’est ce que je trouve assez extraordinaire dans l’histoire d’Ami, c’est que nous proposons quelque chose de nouveau. Nous ne disons pas que c’est « la » réponse, mais qu’aujourd’hui, face à des attentes de clients qui sont de plus en plus contraints, Citroën par son ADN se doit de proposer quelque chose. C’est notre solution : quand vous voyez Ami, vous imaginez beaucoup de choses. Et ça peut être des tonnes de choses parce que l’univers urbain comme celui de la mobilité se transforme à vitesse grand V !

LNA : Vous comptez proposer d’autres modèles pour répondre aux nouveaux défis de la mobilité ?

LH : Aujourd’hui, Ami est notre réponse mais à Viva Tech, nous aurons un autre type de réponse et après, nous avons plein d’idées sur le sujet ! Là où il y a des attentes et des besoins, nous sommes là pour apporter une réponse. Après c’est tout un écosystème qui arrive notamment pour le réseau, mais il n’y a aucune contre-indication à aller dans de nouvelles voies.

LNA : Dernière question : vous nous retracez votre parcours chez PSA ?

LH : Je suis depuis le mois d’octobre en tant que VP Produit et Stratégie pour Citroën. Précédemment, j’étais directrice Marketing de Citroën France. Auparavant, après un passage chez Peugeot comme directrice régionale en France, j’avais commencé à travailler sur des sujets sales & marketing à l’international pour Citroën.

LNA : Merci Madame Hansen.