Le Nouvel Automobiliste
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Digitalisation en marche chez Volkswagen

La transformation digitale des entreprises touche aussi l’automobile. Que ce soit dans les processus internes de conception des véhicules ou dans nos voitures, qui sont de plus en plus technologiques, le digital est désormais partout au quotidien. Volkswagen nous a exposés avec ses responsables, à quelques jours du Mondial de l’Automobile, sa stratégie digitale.

Est-ce un effet de calendrier avec le choc du Diesel Gate ou une réaction contre les conséquences du Volkswagen Gate ? En tout cas, le Groupe Volkswagen engage en ce moment selon ses dires « l’une des plus grandes révolutions de son histoire », alors même qu’il subit la plus grave crise de confiance depuis sa création. Depuis un an, le Groupe automobile, l’un des premiers au monde, fait contre mauvais buzz médiatique bon cœur, en réorganisant « en interne » sa façon même de préparer le futur de l’automobile. Ainsi, la plateforme MEB dédiée aux véhicules électriques a été réactivée, tandis que le chantier de la digitalisation du Groupe a été lancé.

A sa tête, Johann Jungwirth, qui se surnomme lui-même « Jay Jay » pour se présenter – c’est plus facile à prononcer ! Il est depuis septembre 2015 responsable de la stratégie digitale : il a rejoint le groupe en plein Diesel Gate, après six années passées chez Mercedes et une chez Apple. Etait-il sur le projet Titan ? Il n’a pas confirmé. Son choix de rejoindre VW serait en tout cas pragmatique : il voulait se rapprocher de l’Allemagne et de sa famille. Cet amoureux de la France cherche d’ailleurs en ce moment-même une maison, selon ses dires en Alsace.

Volkswagen sur le chemin de la digitalisation

La feuille de route de J-J est aussi simple que complexe : elle est de manager une situation de transformation à tous les échelons de la maison Wolfsbourgeoise. C’est la « stratégie des 3D : Digitalisation vers les clients, digitalisation des produits, digitalisation de l’entreprise ». Et pour lui, cette révolte arrive en pleine révolution : « nous sommes au milieu de la plus grande disruption jamais intervenue dans l’histoire de l’automobile, avec le passage du thermique à l’électrique, de la conduite individuelle à la conduite autonome, et de la conception même de la propriété dans le domaine de la mobilité ».

Derrière ces mots pointent la stratégie de nombreux groupes tels que Renault ou Ford, pour qui la voiture du futur sera autonome et sans moteur thermique, tandis que le constructeur ne sera plus qu’un « fournisseur de mobilités ». Les technologies existent, il ne suffit plus que de les mettre ensemble et de faire des économies d’échelle : plateformes, batteries, moteurs, IHM…

Révolutionner l’expérience d’utilisateur

L’IHM justement : le fameux acronyme pour « Interface Homme Machine » semble la clé de voûte de ces changements : l’idée est de tout concentrer sur l’expérience de l’utilisateur, et de faire comme Apple. La firme à la pomme n’a pas fait évoluer fondamentalement l’utilisation de son iPhone en 9 ans, qui a toujours la même page d’accueil ou le même bouton « Home ». Donc, VW doit faire de même ! Ça promet quant à la liberté d’évolution du design à espérer… Les plateformes d’IHM seront communes : une pour les gammes camions et bus de MAN et Scania vient d’être lancée, une seconde arrive pour les voitures particulières prochainement.

La liberté sera aussi celle de l’informatique, car VW attend beaucoup des algorithmes d’apprentissage autonome (self learning algorithm) et de l’intelligence artificielle. L’expérience utilisateur, c’est aussi l’image de la marque sur Internet, et le constructeur sait qu’il lui faut continuellement mettre à jour ses contenus sur les réseaux ou ses configurateurs.

Une révolution interne au Groupe VW

La digitalisation atteint aussi le métier de la conception automobile en profondeur. A son arrivée, Jay Jay a décidé d’ouvrir 3 centres régionaux pour le design digital : à Potsdam, à Pékin, et à la Silicon Valley comme Renault-Nissan. A ce jour, les bureaux de Potsdam sont prêts à ouvrir, les deux autres sont en cours de construction. En outre, déjà 55 personnes travaillent à Wolfsburg sur le sujet, où sont rassemblées 5 autres équipes pour autant de constructeurs mobilisés dans le Groupe. A terme, ils seront près de 150 personnes à travailler sur les mêmes serveurs, pour un même partage des connaissances.

Dans ces bureaux, pas de… bureau, justement. Que des open spaces partagés, pas de cloison, et une volonté d’horizontaliser les hiérarchies. Cela passe aussi par l’habillement : « le premier jour, je suis venu en costume intégral, explique Jay Jay, et puis au fur et à mesure j’ai commencé à enlever la cravate, puis la veste, puis les chaussures de ville… » Au point de se rapprocher du style d’un Steve Jobs, avec pull/jean/baskets. La clé pour avoir des idées ?

Des idées nouvelles, d’autres pas

VW s’est fait la spécialité de sacraliser l’achat automobile en proposant à ses clients de venir retirer leur véhicule à l’Auto-stadt de Wolfsburg. Aujourd’hui, les équipes marketing et communication veulent aller plus loin : « pourquoi ne pas montrer la conception et la construction d’une voiture de la même façon au client que la grossesse d’un bébé dans le corps de sa mère ? A chaque étape, peinture, assemblage, essais, entreposage, on aurait une photo envoyée directement par mail ! Voire, des propositions commerciales pour des jantes ou des stickers… » Plus sérieusement, l’idée de vendre des automobiles sur Amazon, encore chimérique aujourd’hui, est aussi évoquée « car tout se vend sur Amazon ».

Reste que la vision de l’automobile du futur est sensiblement la même que celle des concurrents, un léger temps de retard en plus : « Nous sommes au milieu du développement du système de conduite autonome. D’ici 2 ou 3 ans, nos premiers prototypes seront prêts. On ne veut pas le concevoir à la légère car ce sera le cœur de l’automobile futur, un cœur 30 fois plus puissant que l’homme. La conduite autonome sera meilleure que l’homme car les capteurs auront une meilleure reconnaissance, car l’informatique ne boit pas, ne se fatigue pas, et voit tout, à 360° ». Pour rappel, les prototypes autonomes de Toyota-Lexus, Volvo, PSA, roulent déjà, Renault-Nissan l’envisage dès 2020 en série tandis que des Mercedes Classe E ou la controversée Tesla en mode Autopilot peuvent déjà accomplir une délégation de conduite sur autoroute.

Un nouvel aveuglement ?

Pourtant, cela n’empêche pas Volkswagen de dire qu’ils sont « dans le temps, au même niveau que les autres constructeurs. Et on accélère, on embauche, tout le monde suit dans l’entreprise et les investissements augmentent ». Même les récents incidents de Tesla ne semblent pas les inquiéter. Est-ce la preuve d’un aveuglement, à l’image de celui qui eut lieu pour le « Clean Diesel » ? Pas pour Johann Jungwirth en tout cas, pour qui « l’automobile vit le plus grand changement de toute son histoire, c’est un honneur de le vivre et un privilège d’y participer. Avec la disruption, tout devient possible et aucune autre industrie ne connaît cela. »

Rendez-vous au Mondial de l’Auto pour voir, sous un concept-car, la vision de l’automobile du futur de Volkswagen.

Crédit couverture : Khalil B. – The Automobilist