Le Nouvel Automobiliste
Portes Gare Saint-Lazare

Des portes pour transformer la vie de la Gare Saint-Lazare

Avec 450 000 voyageurs par jour, la Gare Saint-Lazare à Paris est la deuxième gare la plus fréquentée d’Europe. Réussir à gérer, organiser et orienter les flux relève de la gageure mais la solution tient peut-être dans le dernier équipement installé dans la salle des pas perdus : des portes. Celles-ci ceinturent les accès aux quais et aux trains afin que chacun valide son titre de transport, mais elles participent aussi à la simplification de la vie en gare. Nous avons rencontré sur place les personnes qui mènent ce projet depuis maintenant plus de trois ans.

Préambule : sommes-nous toujours sur Le Nouvel Automobiliste ?

Affirmatif ! A l’heure où les modes de déplacement se transforment, où l’accès des automobiles aux centres urbains se complexifie et où la voiture individuelle n’est qu’un choix parmi d’autres offres de transport, nous vous proposons également des articles ayant trait à l’univers large des mobilités. Vélos, autobus récemment avec le musée Egged ou encore trains, et ici le fonctionnement de la Gare Saint-Lazare : ce sont quelques-uns des sujets que nous voulons aborder. Et dont on vous ouvre… les portes.

Des portes de validation : pourquoi ?

L’arrivée de ces portes peut ressembler à une intrusion, pourtant elles ne sont que l’évolution d’un équipement bien connu des transports en commun : le tourniquet. Les premiers sont installés à Paris en 1957 à la station de métro Nation et ils ne cessent depuis d’évoluer. Oubliez le tripode, ce sont désormais des portes électriques en verre par exemple.

Leur premier objectif, c’est la validation du titre de transport (n’est-ce pas M’sieur Chirac !), soit un pass Navigo, soit un ticket physique. En effet, la fraude est évaluée à 63 millions d’euros pour la seule région Île-de-France, soit pour les 380 000 voyageurs qui empruntent les lignes J et L chaque jour. Un coût bien supérieur aux frais d’installation des portes : le budget de 14 millions d’euros réuni par le Groupe SNCF n’aurait même pas été utilisé en totalité.

L’autre raison de l’équipement de Saint-Lazare, c’est la transformation même de nos habitudes. A l’heure où nos vies se retrouvent dans des smartphones, et où des applis guident nos déplacements, la SNCF anticipe la disparition du ticket de métro physique voire, un jour, des titres de transport tout court. Il suffira alors d’un smartphone avec puce NFC pour valider et accéder aux trains. Avec le « post-payment », paiement différé, l’on se passera de forfait et l’on ne paiera qu’au nombre réel d’entrées et sorties dans le réseau de transport. C’est un point clé du Maas, Mobility as a service, où les transports en commun ne sont qu’un chaînon dans l’ensemble des services de mobilités (Taxis-VTC, bus, vélos, métros etc.) mis à disposition des citoyens… Mais avant de parler du futur, parlons du présent et voyons avec quel équipement tout cela fonctionne.

Plusieurs types de portes

Il y a tout d’abord trois tailles de portes pour accéder aux lignes L et J : 60 cm, 80 cm et 90 cm. La plus petite, 60 cm, est déjà 5 cm plus large que les portes que l’on trouve dans le métro ; celles de 80 cm permettent le passage de bagages tandis que celles de 90 cm sont pensées en priorité pour le passage de personnes à mobilité réduite. Leur petit nom ? CAB, pour Contrôle Automatique de Banlieue.

Ces portes sont plus technologiques que les traditionnels valideurs : en toiture se trouve un capteur 3D qui calcule l’encombrement afin de savoir quand refermer les portillons (et éviter de piéger un bagage ou une poussette) ; le plancher dissimule lui un système de comptage des passages. « On a même imaginé le cas de figure du passage d’une personne avec son parapluie », confie Gabriel Virette, consultant sur ce projet. Mais il n’y a pas de crainte à être enfermé : « Le centre opérationnel, mais aussi les pompiers et d’autres autorités peuvent ouvrir toutes les portes si besoin. Le système est asservi à la détection incendie pour s’ouvrir automatiquement et permettre les évacuations. On adapte aussi le calendrier d’ouvertures aux périodes de gratuité comme la fête de la Musique. »

Côté « Grandes lignes », on trouve d’autres portes d’accès : moins imposantes, sans toiture, elles sont aussi équipées différemment. A l’emplacement du pass Navigo se trouve un lecteur optique pour les QR Code (pour les billets physiques et les smartphones, comme dans un aéroport), ainsi que pour certains un composteur supplémentaire de ticket pour les voyageurs TER.

Trois ans de recherche et développement

Les portiques de Saint-Lazare vous paraissent nouveaux ? C’est normal, ils ont spécifiquement été créés à cette occasion avec le fabricant Conduent, une filiale française de l’américain Xerox.

Delphine Bazin, responsable du projet, explique : « Pourquoi ne l’avait-on pas fait avant ? Parce que la technologie n’existait pas ! Les portes étaient manuelles avant, maintenant elles sont automatiques avec différentes vitesses d’ouverture selon l’heure de la journée. Il faut en effet gérer des flux d’une grande densité, avec des passages jusqu’à 40 personnes par minute. » A ce rythme, les portes restent ouvertes entre deux passages de voyageurs ayant validé, et ne se referment que s’il y a infraction. 

Le lancement du projet a eu lieu en 2016, puis le premier prototype fonctionnel a vu le jour en 2017 avant d’être testé en situation réelle, comme une voiture lors de sa phase de développement, en gare de Pereire-Levallois sur le RER C. Ce n’est qu’après ce test, pendant près d’un an, que les 147 portes ont été installées à Saint-Lazare côté Transilien (trains de banlieue) entre le printemps et l’été, et officiellement mises en service le 15 juillet. S’y ajoutent les portes d’accès des trains « Grandes lignes » de la Normandie, soit au total 210 portes dont 180 dans la seule salle des pas perdus.

Pour l’instant, elles ne fonctionnent qu’en heure creuse, soit de 10 à 16h, mais dès septembre, c’est toute la journée, y compris en heure de pointe (8-10 et 16-18h environ) qu’elles seront actives. « On ajuste, on parfait et on stabilise le dispositif » confirme Mme Bazin. Dans les prochaines années, d’autres gares bénéficieront de ces portes, à commencer par la Gare du Nord… qui n’en a que côté Grandes Lignes. D’autres modèles existent en Gare de Lyon ou de Lille Flandres par exemple :

Changer les mœurs en gare

L’arrivée des portes n’est pas la seule transformation en cours à Saint-Lazare. Après la création du centre commercial qui a totalement repensé la façon d’intégrer la gare dans la ville, SNCF passe à la rénovation de la salle des pas perdus et surtout des quais et des verrières. Un chantier gigantesque dans des zones où, parfois, l’on n’est pas intervenu depuis la disparition de la vapeur sur le réseau normand, c’était il y a près de 50 ans.

La signalétique est entièrement revue avec l’arrivée des portes. Objectif : orienter les flux de personnes de façon intuitive. Ceci porte un nom : le Nudge. Historiquement, cela remonte à l’époque où à l’aéroport Schiphol aux Pays-Bas des mouches avaient été dessinées dans les urinoirs pour aider ces messieurs à « viser » dans les toilettes et réduire la saleté. A Saint-Lazare, pas de pissotière mais d’immenses panneaux pédagogiques et une sectorisation de la gare par couleurs. Tous les écrans d’information ont, aussi, été renouvelés pour, notamment, pré-afficher les trains et leur voie de départ par secteur.

Sandra Nunes, responsable du pôle services de la gare, précise : « On veut que les gens s’orientent par eux-mêmes, qu’ils préparent leur titre avant de passer devant les portes, car ce sont des millisecondes gagnées à chaque fois. Et il suffit de 30 % de personnes qui s’orientent facilement pour que, par mimétisme, les mouvements soient fluidifiés. » Et si la pédagogie ne suffit pas, les déplacements peuvent être modifiés à l’avance. Ce fut le cas lors de l’installation des portes : « Pour éviter d’avoir trop de passages sur la zone d’installation de travaux, on a changé le sens des escalators et adapté le marquage, et cela a fluidifié les déplacements en gare. »

Pour adapter la gare au XXIe siècle et à la multimodalité, les portes s’accompagnent de l’intégration d’un parc relais pour vélos en rue de Rome, directement accessible par le Quai n°1. Quant aux commerces, ces transformations ne les concernent pas car ils sont situés hors de la zone des portes de validation. Chaque jour, 30 % des personnes venant dans l’enceinte de la gare Saint-Lazare n’y viennent pas pour prendre un train et la majeure partie entre par la façade, côté commerces donc.

Les gares, portes ouvertes sur le monde…

Avec ses nouvelles portes, la gare Saint-Lazare, monument classé et protégé, marque une nouvelle étape dans sa longue rénovation engagée dès les années 1990. Elles sont une suite logique à la recréation de la salle des pas perdus, terminée en 2012.

Leur installation, alors que près d’un demi-million de personnes arpentent la gare au quotidien, a attiré l’attention d’autres réseaux de transport comme celui de Londres : « Transport for London est venu voir le projet car ces problématiques dépassent Paris, il s’agit de Mass Transit et toutes les compétences déployées, de maîtrise des flux, de billettique, de signalétique, sont stratégiques pour les opérateurs de transport du monde entier. Et à Saint Lazare, d’un projet technique nous sommes passés à une véritable transformation de la gare », conclut Delphine Bazin.

Après Saint-Lazare, SNCF compte moderniser les accès et bornes de paiement des 191 gares d’Île de France. Toutes ne seront pas équipées de ces portes mais chacune sera préparée au post-payment. De quoi ouvrir les portes au Maas d’ici quelques années. 

D’autres photos encore des portes de quais et de la Gare Saint-Lazare :

Crédit photos : Le Nouvel Automobiliste