Le Nouvel Automobiliste
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Découverte statique du Kia Stonic 2018

A l’occasion de la présentation officielle du nouveau crossover urbain de Kia, le Kia Stonic, The Automobilist est parti en mission afin d’obtenir des informations cruciales sur le développement de ce modèle, dont le nom est la contraction de « Speedy » et « Tonic », et  qui fera la « nique » aux Renault Captur, Opel Mokka X, Peugeot 2008 et autres Mazda CX-3.

Premier contact avec le Kia Stonic

Au premier abord, il semblerait que le Stonic soit un SUV au physique voulu sans histoire. Les tailles sont claquées sur les références de la catégorie, avec 4,14 m de long et 1,52 m de haut. Pourtant, il y a un certain nombre de détails intéressants qui méritent d’être analysés.

Pour commencer, la calandre Tiger Nose, si chère à la marque, est retravaillée et prend enfin de l’importance en gagnant une troisième dimension et une taille plus importante et mieux ajustée. A titre de comparaison, celle de la Rio, la citadine dont il dérive, court telle une bande « de scotch » sur toute la largeur de la face avant. Cette dernière, sur le Stonic, est tendue au possible, comme en témoignent ces quelques lignes sur la partie centrale du pare-chocs ou encore la partie basse.

Le profil semble plutôt faire penser à une citadine surélevée qu’à un crossover. Cette impression vient des proportions du véhicule donnant un effet visuel général compact grâce à un porte-à-faux arrière inexistant et un porte-à-faux avant plus réduit que la concurrence.

Un détail intéressant cependant : la couleur de la carrosserie prend place à la manière d’un coupé targa via une large bande sur l’arrière du toit. Un détail repris du concept-car Provo de 2013 qui est pour moi le seul détail qui lui permettrait de se différencier des autres crossovers du segment B. Dans le segment C, le Grandland X d’Opel joue aussi cette partition.

L’arrière reprend les codes stylistiques du Sportage comme en témoigne les lignes du coffre, le gros logo Kia central ou encore la forme des feux arrière. Ces derniers, allié au bas du pare-chocs arrière rappellent un certain Renault Kadjar. Un crossover sans histoire, vous dis-je.

Découverte de l’habitacle du Stonic

L’intérieur est une vraie déception. Si Kia vante le principe de l’ultra-personnalisation (9 teinte de caisse, 5 de toit), très peu d’éléments de l’habitacle auront le droit de changer de couleur comme le socle du levier de vitesse, le panneau airbag en face du conducteur, ou encore les entourages des aérateurs, et c’est tout !

La qualité des plastiques fait assez toc, et on sent que l’on se trouve à bord d’un véhicule vieux de 5 ans, tant l’ergonomie, sans risques et sans histoire, fait daté face à un intérieur de Peugeot 2008 bien plus frais et moderne. Il ne faudra pas être trop grand pour asseoir à l’arrière : mon mètre 80 passe juste de manière générale. L’infodivertissement est directement hérité de la Rio, tandis que le coffre est assez petit avec seulement 352 dm3. La banquette se replie 2/3-1/3.

Pour résumer on a là un bon crossover qui ne bouscule pas vraiment la catégorie par son style, pas vraiment transcendant, mais sans risques et sans histoire. Une humilité générale qui s’explique par l’entrée de Kia dans un segment littéralement bouché : Peugeot 2008, Renault Captur, Citroen C3 Aircross, Opel Crossland X et Mokka X, Mazda CX-3, Ford EcoSport, Seat Arona, même le Hyundai Kona, l’autre crossover citadin du groupe, veut se tailler une place au soleil ! Est-ce que cette prudence générale va payer ?

Des questions ? Des réponses !

Pour en savoir plus, The Automobilist a rencontré Yvan Batard, chef produit Europe et responsable du Kia Stonic.

The Automobilist : Avant d’en savoir plus, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Yvan Batard : Je suis Yvan Batard, le chef produit du Kia Stonic, je veille au bon développement du véhicule avec mes équipes de design en Europe. J’ai notamment beaucoup travaillé pour pas mal de studios de design allemands durant ma carrière, dont Porsche, et ça va faire aujourd’hui 3 ans que je suis chez Kia Europe en tant que chef produit.

The Automobilist : Combien de temps a pris la gestation du Stonic entre le premier coup de crayon et le véhicule de série ?

Y.B. : 4 ans.

The Automobilist : Sur le plan stylistique, quels étaient vos objectifs à propos de la Stonic ?

Y.B. : On arrive sur un segment quasiment bouché, et se démarquer de la concurrence est très difficile : Kia arrive donc avec humilité sur ce segment et espère proposer un véhicule intéressant pour la clientèle. On est partis sur trois axes majeurs.

Le premier était de partir sur un véhicule à l’identité stylistique rassurante, mais affirmée. Le Stonic étant basé sur la Rio, la citadine de la gamme, le package intègre un porte-à-faux arrière quasi inexistant et un porte-à-faux avant suffisamment réduit pour faire une face avant agressive.

La fameuse calandre « Tiger Nose », par exemple, est en relief et beaucoup mieux intégrée, les traits sont tendus pour la plupart tendus, notamment sur le bas du pare-chocs avant. L’idée était d’avoir un volume général et des proportions suffisamment réduites pour avoir un véhicule semblable à une petite boule de nerfs.

Le second concerne le comportement du véhicule. En effet, après avoir analysé la concurrence, nous avons constaté que les références du segment ne sont pas celles que l’on pense. Le Renault Captur va privilégier le confort en ayant des suspensions souples, tandis que le Mazda CX-3 va privilégier le dynamisme de son châssis au volant. Avec le Stonic, nous nous orientons plus vers le CX-3, ce qui ferait de lui un crossover urbain parmi les plus dynamiques du segment.

Le troisième axe concerne celui de l’ultra-personnalisation. Aujourd’hui, il est inconcevable de créer un nouveau véhicule sans avoir la possibilité de l’accorder à notre goût. On part sur un nombre de 20 combinaisons de coloris, dont 9 nuances pour la carrosserie et 5 pour le toit. Sachant qu’il s’adresse à une clientèle urbaine et plutôt jeune et dynamique, nous avons fait du Stonic le modèle le plus personnalisable jamais crée par la marque.

T.A. : Si on regarde le profil, on reconnaît de suite une Renault Captur, non ?

Y.B. : Il était évident de partir dès les premiers sketchs sur un package ayant réussi face au plus grand nombre, la Renault Captur faisant partie des meilleures diffusions en France, par exemple. Mais ça ne veut pas dire que la Stonic en est une vulgaire copie, bien au contraire : Le Captur adopte un volume beaucoup plus en rondeur que le Stonic.

T.A. : Petit détail intéressant sur le toit : la couleur de la carrosserie qui se fait une place sur le toit à la manière d’un targa !

Y.B. : C’est la partie stylistique dont je suis le plus fier. Cet effet Targa est inspiré du concept-car Provo, présenté en 2013 au salon de Francfort. Nous avons bien bataillés avec les ingénieurs pour garder l’idée sur le modèle de série ! (rires)

T.A. : L’arrière rappelle furieusement le grand frère Sportage !

Y.B. : Oui, la filiation avec le Sportage était inévitable. Et c’est pas plus mal puisque la clientèle acheteuse du Sportage adore la poupe de notre SUV !

T.A. : Le côté rassurant se retrouve aussi à l’intérieur…

Y.B. : Oui, c’était aussi voulu. L’objectif était d’aller à l’encontre des autres véhicules du segment en misant avant tout sur une ergonomie sans prise de risques et qui a toujours fonctionné.

Alors le style général peut se révéler un peu timoré face à un Peugeot 2008, par exemple, mais au moins, vous avez un intérieur aux codes ergonomiques qui ont toujours fonctionné aujourd’hui. C’est pourquoi nous avons des boutons quand la concurrence fait tout pour les faire disparaître. Ça ne veut pas dire que le véhicule est en retard sur le plan technologique : nous avons un système d’info-divertissement évolué, des aides à la conduite au niveau de ce qui se fait de mieux sur le segment, etc.

T.A. : Nous savons que Kia et Hyundai forment un groupe à la santé florissante et possédant des gammes similaires. Cependant, depuis 2015, Hyundai semble avoir pris la place de la marque polarisante par excellence face à Kia, qui se veut désormais plus rassurante pour la clientèle. On le voit avec le Stonic aujourd’hui face au Hyundai Kona. Que pouvez-vous m’en dire à son sujet ?

Y.B. : Le Hyundai Kona est beaucoup plus audacieux que le Kia Stonic sur le plan stylistique, et c’est complètement volontaire. Mais il sera aussi beaucoup plus clivant pour la clientèle : la face avant possède une très grande calandre, des feux déportés à la manière d’une Citroën C3 aujourd’hui, des rajouts en plastique brut plus proéminents et présents, un package général à l’effet bien plus « robuste » que le Stonic, etc. Des codes de style qui vont bien plus diviser la clientèle à base de « j’aime/j’aime pas », potentiel problème que ne rencontre pas le Stonic à mon sens, plus rassurant et en accord avec ce que recherche la clientèle d’un crossover urbain.

Propos recueillis par Stéphane Sorhaindo pour The Automobilist.fr