Le Nouvel Automobiliste
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Décès de Roland Peugeot (1926-2016) : Un grand Lion nous a quittés

S’il est une famille qui a compté dans l’histoire automobile française depuis ses origines, c’est bien la dynastie Peugeot. Et depuis peu, elle compte un éminent membre de moins : Roland Peugeot. Retour sur un grand Lion.

L’annonce émane du groupe PSA : Roland Peugeot est décédé mercredi 6 janvier, à l’âge de 89 ans. Derrière cette nécrologie classique se cache l’obituaire d’un grand industriel, Président du Conseil de Surveillance pendant 26 ans d’un Peugeot devenu PSA entre 1972 et 1998. Si la plupart des titres de presse, y compris les grands journaux, ont repris le communiqué de PSA dès sa publication, nous avons tenu à prendre 36 heures de plus pour écrire cet article et faire en sorte qu’il soit plus complet qu’ailleurs. A noter, un très bon article de l’Est-Républicain consacré à cette disparition.

Né en 1926, Roland Peugeot se destine, comme toute sa famille depuis 1820, à une carrière dans les affaires industrielles. Elles sont a l’époque nombreuses, allant des cycles aux moulins à café et à poivre, en passant par l’automobile bien-sûr. Après des études à Harvard, Roland Peugeot prend en 1959 la tête des Établissements Peugeot Frères (EPF), à la suite de son père. Désormais pilote du constructeur de l’Est français, il va le développer et l’émanciper.

Cela commence à la mi-année 1966. La Société des Automobiles Peugeot devient PSA, Peugeot Société Anonyme, et Roland Peugeot pousse au rapprochement avec Renault pour créer la Française de Mécanique, à Douvrin. Cela continue et s’accroît en 1974 avec le rachat de Citroën, via le fort entregent du gouvernement français : PSA devient PSA – Peugeot-Citroën en 1976. Et cela aboutit en 1978 par l’absorption des activités européennes ex-Simca et iraniennes de Chrysler. L’année suivante en 1979 est exhumée la marque Talbot pour badger les véhicules notamment produits à Poissy et Ryton. Entretemps, en 1972, Roland Peugeot a pris la tête du Conseil de Surveillance. Avec ces rachats, l’objectif est de faire de PSA un grand constructeur européen face à Fiat, Volkswagen, et Renault.

L’histoire ne s’écrit hélas pas sans péripéties. Les finances ne suivent pas. Durement touché par la crise pétrolière, le marché automobile régresse et les caisses de PSA se vident. Les emplettes récentes ne sont pas intégrées assez vite. L’année 1982 est l’année à quitte ou double : PSA est au bord du gouffre et recrute Jacques Calvet au poste de n°2 derrière Jean-Paul Parayre. Après le lancement réussi de la 205, il devient n°1, en 1984. Roland Peugeot devient, en parallèle de son poste de Président du Conseil de Surveillance, membre du Conseil d’Administration des Automobiles Peugeot. Il le restera jusqu’en 1996, année d’une autre crise de surproductions sur le marché européen.

Le tandem Calvet-Peugeot durera 13 ans. Au départ de Calvet en 1997 est consécutive la nomination, en 1998, de Jean-Martin Folz. Roland Peugeot quitte alors la présidence du Conseil de Surveillance, mais continue d’y siéger en tant que membre Censeur de 2001 à 2014. Cette dernière année sonne le glas des Peugeot à la tête de PSA : obligés de recapitaliser l’entreprise pour éviter, à nouveau, de tomber dans l’abîme, la famille Peugeot doit faire entrer Dongfeng et l’Agence des Participations de l’Etat au capital, chacun à parts égales (14 % du capital). Cela n’empêchait pas feu Roland Peugeot de continuer de venir au Siège parisien, où il avait encore un bureau, plusieurs fois par semaine, comme le racontent les Echos dans leur excellente nécrologie.

Passionné d’automobiles, Roland Peugeot allait jusqu’à parfois tester les prototypes de PSA, et suivait toutes les innovations du secteur ainsi que le sport auto, qu’il aimait également. On lui prête un rôle certain dans la collaboration de très longue durée (1955-2008) avec Pininfarina. Discret, il s’est pourtant bien malgré lui illustré lors de l’enlèvement de son fils Eric en 1960, intervenant dans les médias et allant jusqu’à verser une rançon personnellement. Son autre fils, Jean-Philippe Peugeot, demeure co-actionnaire de PSA en tant que président d’EPF et vice-président de FFP (Foncière et Financière de Participations), les deux holdings de la famille Peugeot.

Roland Peugeot fut enfin Président d’Honneur du Football Club de Sochaux-Montbéliard, fondé par son grand-père Jean-Pierre Peugeot, de 1960 jusqu’à 2015, année de la vente du club à des investisseurs chinois. Son nom reste inscrit au fronton du centre de formation des joueurs.

A travers sa longue carrière de dirigeant et, encore davantage, son implication dans les affaires de la famille jusqu’à ses dernières années, Roland Peugeot est l’un des dirigeants les plus importants du constructeur français, et l’un des hommes clés de l’automobile française d’aujourd’hui. Récipiendaire de la Légion d’Honneur, il était aussi Grand Officier de l’Ordre national du Mérite et Officier des Arts et des Lettres. Dernier représentant de la septième génération du Clan Peugeot, il en était le Patriarche. Pendant ses 89 années, il aura été le témoin privilégié de nombreuses crises, mais aussi celui d’une transformation profonde : il fut le dernier dirigeant d’un constructeur familial local, et le premier d’un groupe automobile français devenu mondial.

Les obsèques religieux de Roland Peugeot se tiendront au temple de Valentigney, le mercredi 13 janvier à 15 h.

Sources citées en liens dans l’article – Via PSA.