Le Nouvel Automobiliste
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De la 2CV au Berlingo : Petite histoire des fourgonnettes Citroën

1951 – 2016, 1996 – 2016 : deux anniversaires pour deux petites fourgonnettes Citroën cette année. L’une est la 2cv, l’autre est le Berlingo. Ajoutez-y une petite com’ sympa avec le magasin parisien branché Colette et vous tenez le brief d’une sympathique présentation organisée par Citroën le 22 mars dernier.

Fashion, l’utilitaire ? Soyons sérieux…

D’ordinaire, le monde du véhicule utilitaire n’a rien de fashion ou d’attrayant. Des caisses blanches totalement tôlées, des moteurs Diesel, et des dossiers de presse qui mettent, pragmatisme oblige, davantage en avant les capacité de chargement et coût d’utilisation plutôt que le design et la technologie embarquée. Mais il y a des exceptions à tout : Volkswagen a récemment lancé son Multivan dans un bi-ton « Génération Six » rappelant le Combi T1 ; et Citroën a fait d’une pierre deux com’s en célébrant les anniversaires de ses Berlingo et 2cv Fourgonnette récemment. C’était le 22 mars au matin devant le magasin Colette à Paris.

Le Directeur du Marketing monde de Citroën, M. Arnaud Belloni nous explique le sens de cette communication : « Citroën voulait fêter les 65 ans de la 2cv Fourgonnette sans faire de défilé d’anciennes dans Paris, surtout qu’en ce moment ce genre d’initiative passe moyen avec la ville de Paris ! Est venue alors l’idée de faire un clin d’œil aussi aux 20 ans du Berlingo, et de lier cette opération au magasin Colette pour un hommage sympa, pas tarte à la crème. Cette année, on a énormément de choses à faire avec un petit budget, on veut donc cibler au maximum nos prises de parole. C’est dans la veine de la nouvelle clientèle média qu’on veut atteindre, dans le même style que le concept SpaceTourer Hyphen.

La 2cv Fourgonnette a été spécialement achetée à un collectionneur privé pour l’occasion, et n’est donc pas issue d’un modèle de la collection Citroën. En très bon état, la voiture a été repeinte et redécorée dans l’esprit des années réclames des années 50… sauf que Colette n’existait pas à l’époque ! Le lettrage est donc totalement imaginaire, créé par Steve Pitocco. C’est la deuxième fois cette année que PSA prend des anciennes pour faire sa com’, puisque Peugeot a présenté au Salon Rétromobile les 203 et 403 « remises au goût du jour » qu’il confiera à nos confrères de LesVoitures.com au prochain Tour Auto : là-aussi, les voitures ont été acquises à des collectionneurs et redécorées.

La 2cv Fourgonnette, l’utilitaire des villes et des campagnes

L’histoire des petites fourgonnettes Citroën commence dès après la Seconde Guerre Mondiale. L’automobile se démocratise et s’adapte aux nouveaux segments de marchés que sont les véhicules civils et les modèles commerciaux. Ainsi, la 2cv née en 1948 a très vite eu un dérivé utilitaire, présenté en octobre 1950 et lancé en mars 1951. Il faut dire que son cahier des charges dans les années 1930 comportait cette possibilité : il stipulait que la TPV devait pouvoir transporter à travers champ un panier d’œufs sans les casser, et rouler avec 4 passagers et 50 kg de pommes de terre à 60 km/h. Bonne pour le service, la « Deuche » reprend la carrosserie en tôle ondulée de son grand frère le Type H, mis sur le marché en 1948, et est adaptée à un usage professionnel : deux portes battantes avec vitres ovoïdes, un volume de 1,88 m3 avec angles droits (la roue de secours est dissimulée dans les flancs), et un siège passager disponible seulement en option.

Très vite favorite des agriculteurs, artisans et administrations mais aussi des PTT et EDF en version Administration, la 2cv utilitaire va dominer le marché de la tête et des épaules jusqu’à l’arrivée de sa sœur ennemie, la Renault 4. Le succès est tel que les délais de livraison ont parfois atteint les 6 ans d’attente ! Historiquement, la 2cv Fourgonnette est surtout l’un des premiers utilitaires citadins avec la Simca 8 Fourgonnette (lancée en 1948) : Renault n’est arrivé avec sa Dauphinoise qu’en 1957, la même année que Fiat avec la 500 Giardiniera. Citroën se fait ainsi fort de dire qu’il reste « le constructeur qui a inventé la fourgonnette et en est, depuis 65 ans, toujours le leader ».

A l’époque, la 2cv Fourgonnette, basée sur la 2cv Type A civile, a pour petit nom AU (U pour Utilitaire). Son moteur est le même que la Type A, le bicylindre 375 cm3 de 9 chevaux. Sa limite de chargement est de 495 kg. Dès 1954, arrive la 2cv AZ en civile et donc l’AZU en fourgonnette, avec le 425 cm3 de 12 ch puis 18 ch et même 21 ch en 1967, qui repoussent le poids maxi à 530 kg. Plus tard, en 1973, la cylindrée passe à 435 cm3 et la charge utile à 575 kg avec l’AZU-B. Elle eut aussi les premiers dérivés « civils » avec l’AZU G, pour « glaçauto » qui offrait une vitre latérale et une banquette à l’arrière, la transformant en petite familiale. D’abord produite avec la civile à Levallois-Perret, la 2cv Fourgonnette est assemblée sur les lignes Panhard de la Porte d’Ivry à Paris entre 1955 et 1969.

Elle suit les restylages de la 2cv normale : nouveau capot en juillet 1961, nouvelle cabine aussi avec moins de nervures ondulées en 63, changement de sens des portières en 64, puis phares rectangulaires en 1975. Pour l’anecdote, l’introduction de la ceinture de sécurité 2 points a lieu en 1964, en option, et passe à 3 points avec enrouleur en juillet 1977, toujours en option, quelques semaines avant l’arrêt de production. Il y eut aussi une version allongée de 20 cm, l’AK 350 en 1963 puis l’AKS 400 en 1970, pour mieux résister à la Renault 4, de 22 ch à 35 ch, et foncer à 100 km/h en pointe.

2cv et descendances

La succession de la 2cv a pris la forme de l’Acadiane, simple version rallongée et recarrossée de la deudeuche, qui reprend la dénomination « AK ». Neuf années de production jusqu’en 1987 permirent à 250 000 unités de prendre la route. Puis il y eut surtout la C15, premier petit utilitaire Diesel, pour reprendre le flambeau. Sur base de Visa, disponible en 4×4 avec Dangel, et même proposée avec alimentation électrique ou au GNV, « le » C15 eut une longue carrière, de 1984 à 2006. Pas aussi longue cependant que la 2-pattes (1951-1978), mais il termina son mandat comme la 2cv à Mangualde au Portugal, avec plus d’1,1 million d’exemplaires produits. C’est pratiquement autant que 2cv, qui cumule 1 246 355 unités écoulées. Long de seulement 3,99 m, le C15 n’aura de descendance qu’avec le Citroën Nemo, en 2008.

Entretemps, Citroën a lancé en 1996 un produit plus civilisé que le rustique C15 : le Berlingo. On quitte le modèle des citadines « utilitarisées » avec une caisse tôlée rapportée sur le train arrière, dont les Peugeot 205-F et Renault Express sont les ultimes représentantes françaises : voici le temps des camionnettes monovolumes, des utilitaires à vivre ! PSA dégaine un duo de siamois, le Peugeot Partner et le Citroën Berlingo, quand Renault lance l’année suivante le Kangoo équipé d’une portière coulissante : les fourgonnettes deviennent ludospaces. Lors de sa présentation au Mondial de Paris, le Berlingo est décliné en trois showcars : Grand Large, Coupé de Plage, et Berline Bulle. Cette dernière préfigurait avec une génération d’avance la C3.

Alors qu’il en dépourvu à son lancement, le Berlingo doté d’une porte coulissante débarque en 1999 du côté droit, puis en 2001 du côté gauche. Long de 4,14 m, le « Béber » capitalise sur l’histoire de Citroën dans les fourgonnettes chez les professionnels, tout en développant les ventes de versions civiles baptisées « Multispace ». Il dispose comme le C15 d’une version 4×4 Dangel et d’une motorisation électrique, d’abord interne puis développée par Venturi. Sa capacité de chargement (de 600 à 800 kg selon motorisation) profite aussi de suspensions issues de la Peugeot 405 Break, bien plus résistantes face à la charge : à vide, la silhouette est même penchée vers l’avant ! La carrière du Berlingo I se termine en Europe en 2010 après une ultime déclinaison low cost « First », comme le C15 d’ailleurs. Malgré une carrière plus courte (18 ans) et une plus forte concurrence, il s’en est vendu 1,2 million, autant que ses aïeux.

Et voici le Berlingo en version Colette !

Depuis 2008, Citroën propose une offre plus vaste avec le Berlingo II : 4,38 m de long, 1,81 m de large, et un atout pour les clients pro avec la possibilité d’avoir trois places de front en VU. Il conserve bien-sûr une version civile, avec de nombreuses possibilités de modularité : sièges indépendants, Modutop (des coffres de toit avec climatisation et mini-toits vitrés), jusqu’à être disponible en 7 places. Après deux restylages, en 2012 puis en 2015, le succès ne se dément pas notamment en Allemagne où le Berlingo est la meilleure vente de toute la gamme Citroën, de même qu’en Algérie ! Le marketing des chevrons se fait fort de parler d’un modèle « universel », dont les ventes tirent la marque au sommet des ventes européennes de VU : « Citroën domine Volkswagen en Europe sur les VU ». Toutes générations confondues, de 1996 à février 2016, ce sont 2,9 millions de Berlingo qui ont été mis en circulation.

Pour fêter les deux décennies du discret Berlingo, Citroën a décidé de lui faire profiter de l’anniversaire de la 2cv fourgonnette : les deux ont ainsi été dessinés en commun pour le design des Chevrons, dirigé par Alexandre Malval, et représenté par le Directeur du Style de PSA M. Jean-Pierre Ploué. En quelques semaines d’une projet terminé seulement le dernier weekend avant la présentation, ils ont redécoré la 2cv, mais aussi « 2cv-isé » le Berlingo ! Sa carrosserie se pare de tôle ondulée, sur le capot et les flancs, ses jantes sont noires, et les portes arrières n’ont plus qu’une seule vitre carré -les 2cv AZU-B en avaient deux.

Cette opération de com’ est aussi utile. En effet, si la 2cv restera stationnée jusqu’à la fin avril devant le magasin Colette, le Berlingo lui servira de véhicule pour les livraisons ! Il roule électrique, sans bruit donc ni émission moteur. Et il ne coûte presque rien à Citroën, puisqu’il s’agissait d’une pré-série, totalement roulante mais invendable dans le commerce. La 2cv, ici présente une AU, n’a pour sa part pas encore vu sa cote grimper trop vertigineusement.

Alors, l’utilitaire : fashion ?

Réponse : oui ! Parce qu’il est atypique et néanmoins essentiel à l’activité tant automobile que professionnelle, le VU est un sujet qui sait être « fashion » et « cool » à traiter. Avec Citroën, c’est une histoire de longue durée, ancrée dans les territoires et avec de beaux succès commerciaux qui est abordée. Les chevrons n’avaient pas envisagé l’usage de l’automobile sur le plan utilitaire avant d’entrer dans le giron de Michelin : ce n’est qu’en 1937 qu’apparaît une déclinaison « travail » de la Traction, la 11C, sous une carrosserie de berline de série. Cela n’empêche pas Arnaud Belloni de dire qu’avec cet anniversaire : « André rencontre Colette » ! Et l’histoire d’amour va continuer en Europe : en effet, Citroën a l’intention de dupliquer ce type de partenariat hommage-image à Milan, Berlin, et Londres, en 2017. Comme dans les contes, les utilitaires Citroën vivent heureux, longtemps, et ont de nombreux enfants…

A voir en « vrai » devant Colette, 213 rue Saint-Honoré à Paris.

Crédit photographique : François M. pour TheAutomobilist.fr ; Citroën ; C-Forum ; Autowp.ru
Remerciements à Citroën pour l’invitation à cette présentation.