Le Nouvel Automobiliste

Chevrolet Alero : l’Oldsmobile qui ne disait pas son nom

Nous sommes le premier avril et il est de coutume de profiter d’un article pour faire une blague à nos lecteurs. Exercice trop convenu ? Allez, pour changer, on va vous parler d’une petite plaisanterie d’un constructeur. Plaisanterie tout à fait sérieuse : à la fin des années 90, General Motors décide d’importer en Europe sa berline Oldsmobile Alero. Un style dans l’air du temps d’alors, un gabarit de –grande- familiale européenne, un moteur 4 cylindres (également disponible en V6), jusqu’ici, ça peut marcher. Mais alors où est la plaisanterie ? Découvrons-la ensemble.

La dernière Oldsmobile

Lancée aux Etats-Unis au printemps 1998, l’Alero avait pour mission de remplacer les Achieva et Cutlass, dépassées aussi bien stylistiquement que techniquement. Le style de cette nouvelle voiture s’inspire directement du concept car Alpha Alero de 1997, un coupé marqué par une face avant dans la lignée de la grande berline Aurora, marqué par de généreux galbes campant les roues de la voiture. En somme, l’Alero reprend à son compte le « Coke bottle styling » qui avait cours dans les années 60 et 70, transposé sur des lignes marquées par le début de la fin du biodesign.

Motorisée par un 4 cylindres 2,4 l de 141 ch ou un V6 3,4 l de 177 ch, l’Alero est une traction basée sur la Pontiac Grand Am (plateforme N-Body de GM). A partir de 2002, le bloc 2,2 l Ecotec de 140 ch se substitue à l’ancien 4 cylindres. Disponible en berline 4 portes mais également en coupé 2 portes (non importée en Europe), l’Oldsmobile Alero est produite à Lansing dans le Michigan, près de Détroit.

Malheureusement, Oldsmobile ne parvient pas à sortir de l’impasse : une marque associée à une image vieillotte, des produits qui sont des rivaux directs de Buick, distribués par des showrooms concurrents, pire, une gamme de voitures qui, malgré les tentatives de différentiation que sont les Aurora et Alero, se contentent d’être des rebadgeages de Buick et Chevrolet. GM prend la décision de mettre fin à sa division Oldsmobile peu de temps après le lancement de sa dernière nouveauté, le SUV Bravada, un Chevrolet Blazer à peine maquillé tandis que les modèles de la gamme s’éteignent à tour de rôle entre 2003 et 2004. La dernière Olds’ à sortir de chaine a été l’Alero en avril. Les 500 derniers exemplaires recevaient des badges vintage, une peinture cerise métallisée spécifique et se voyaient dénommée « Final 500 ». Clap de fin, mais pas la fin de notre histoire.

Oldsmobile Alero ou la crise identitaire

Certaines voitures sont des rebadgeages : on l’a vu plus haut, mais l’Alero était une des rares Oldsmobile de la fin du XXème siècle à disposer d’un design original. Pourtant, elle n’a pas échappé au changement de marque. En effet, GM va choisir de commercialiser l’Alero entre 1999 et 2001 en Europe et en Israël. Problème ? Sur ces marchés, la marque Oldsmobile est inconnue. L’Alero viendra donc enrichir la -petite- gamme Chevrolet.

Petit restylage, nouvelle face avant ? Que nenni : Chevrolet fait encore moins que le service minimum. L’Alero arrive en Europe en 1999 avec… des logos Oldsmobile ! Face avant, face arrière, capot airbag, cabochons de roues, elle conserve tous ses emblèmes Oldsmobile, et se contente d’apposer un monogramme Chevrolet sur la malle ! Le corporate bullshit de GM Europe justifiait cela en disant que la voiture portait les « logos de l’Alero ». La bonne blague… Manquerait plus que DS se lance en tant que propre marque avec des logos Citroën à l’avant et sur l’écran de démarrage tandis que la face arrière arborerait la marque nouvellement créée. Ah mince, ils l’avaient fait, eux aussi ! Trêve de sarcasme : l’Alero sort en Europe, est condamnée à l’anonymat et n’a même pas droit à un logo en rapport avec sa marque de commercialisation.

Pas si vite… il y en a aussi avec un logo Chevrolet !

Evidemment, l’histoire serait trop simple sans cela : comme le montre l’image ci-dessous : la Chevrolet Alero a également arboré un badge Chevrolet, vous savez, le fameux logo de couleur dorée :

Et comme vous le voyez, le fameux logo doré est ici de couleur bleue. Il y a forcément une raison à cela, vous vous en doutez. Le hic ? C’est que je ne parviens pas à la trouver. Tout ce que l’on sait de ces voitures, c’est qu’elles correspondent à l’année 2000 (d’où les photos de presse du lancement en 99 avec les logos Oldsmobile). Le logo est simplement collé au-dessus de celui d’Oldsmobile.

De toutes manières, quand bien même les Alero étaient dotées d’un logo Chevrolet à l’avant (et du monogramme de la marque sur la malle), elles conservaient leur volant et leurs cabochons de jantes avec le logo Oldsmobile.

Faute de volonté d’investir sérieusement en Europe, l’Alero n’a même pas eu droit à une vraie identité à l’exportation la rendant illisible son appartenance à une gamme déjà invisible sur le Vieux Continent.

L’Alero est donc une bizarrerie comme seul GM en a le secret : alors que le groupe américain avait un impressionnant portefeuille de marques pas toutes utiles et en tous cas souvent mal identifiées ou positionnées, alors que de nombreux clones existaient dans le simple but de satisfaire des réseaux de distribution concurrents, Oldsmobile tentait de sortir de son marasme avec deux modèles originaux : l’Aurora, grande berline haut de gamme, et cette Alero, compacte selon les critères US, destinée à lutter face aux Ford Contour, Honda Accord ou Chrysler Cirrus. Sans doute trop tard pour une marque dont l’image était déjà associée à une clientèle âgée et des produits ringards. La marque Oldsmobile n’a même pas attendu la crise de 2008 pour disparaître : fauchée par la macoute dès 2004, l’Alero n’a marqué l’histoire de la firme que pour le fait qu’elle a été la dernière Oldsmobile à sortir de chaîne. Et GM a donc voulu nous vendre une Chevrolet avec des logos d’une autre marque. Parfois, les plaisanteries n’attendent pas le premier avril !

Via Wikipedia