Le Nouvel Automobiliste
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Chantilly Arts & Elégance 2016 : Une ambiance surannée

Le festival de Chantilly, nous vous l’avons fait vivre en long, large et en travers avec nos galeries par nationalités et le rallye, capturés par les objectifs de nos photographes. Mais de ce concours d’élégance n’avait pas encore transparu un élément fondamental de tout rendez-vous de passionnés d’automobiles qui se respecte : l’ambiance. Et celle de Chantilly, du haut de ses seules trois années, s’est déjà imposée comme prometteuse pour faire de cet événement un grand moment de culture automobile.

Avec 13 500 visiteurs, deux concours, huit concepts-cars majeurs en compétition, une centaine d’autos exceptionnelles réparties en 21 classes et dont le Best of show a été attréibu à l’Alfa Romeo 8C 2900B Lungo Berlinetta de 1938 carrossée par Touring, le plateau 2016 était dense, riche, certes un peu moins « célèbre » qu’en 2014 (avec de nombreuses Bugatti) ou 2015 (avec des DS19, 21 et 23), mais complet et assez orienté sur les compétitions (le Tour de France automobile, rétrospective Jean Todt) ou les carrosseries (Zagato).

Ainsi donc, l’organisateur Peter Auto a réussi son pari : s’imposer parmi les concours d’élégance, et proposer en France un type d’événement qu’elle a inventé dans les années 20. Chantilly, Goodwood, la Villa d’Este, Pebble Beach, Amelia Island ou Goodwood Revival sont, sans compter quelques courses « vintage » réputées, les grands événements automobiles annuels dédiés à la beauté mécaniques, mais pas seulement.

En effet, on ne vient pas à un Concours d’Elégance comme on va à un rasso’ nocturne qui verra s’affronter plus ou moins élégamment les béhémistes et les audistes. On va à Chantilly en se mettant sur son 31, en sortant ses plus beaux atours (dress code imposé à l’entrée, respecté par la plupart) assortis à l’italienne, l’anglaise ou la voiture de collection familiale (une DS 21 Pallas ?), qui sera l’un des starlettes du week-end cantilien. Le tenue se doit d’être chic mais pas trop, élégante mais pas à la façon d’une robe de défilé de mode, et toujours (ou presque) de bon goût : portée avec aisance et simplicité, sans suffisance ni arrogance. La richesse n’a pas besoin de se montrer : les autos et la culture suffisent à elles seules de signes de reconnaissance.

Allez au Château de Chantilly, c’est aussi un peu comme aller passer un dimanche à la campagne pour profiter du bon air, de l’herbe, d’une ambiance festive et faire un agréable déjeuner sur l’herbe. Ainsi le pique-nique est redevenu chic au fil des ans et fait désormais partie des incontournables des concours d’élégance. On y apporte bien-sûr quelques victuailles mais surtout on compte sur les beaux paniers en osier habillés de jolis tissus colorés (vendus par l’organisation), et on emmène aussi quelques belles assiettes en porcelaine, quelques verres bien taillés ou timbales argentées pour les plus jeunes.

Les messieurs auront bien évidemment tous, dans leur poche de blazer ou de pantalon en toile de coton bien coupé, un fameux Opinel ou un vrai Laguiole sommelier qui permettra de piquer une tranche de rôti bien cuit ou d’ouvrir une bouteille de Sancerre ou de Vouvray bien frais. Chaises et table pliantes sont aussi de sortie, soigneusement rangées dans le coffre ou sur la galerie puis dépliées avec soin entre une Alfa Romeo Guilietta 1959, une Porsche 911, une Hispano Suiza ou même une Bugatti Veyron puisque les modernes sont elles aussi de la partie.
Messieurs auront pris soin de bien rouler leur Panama avant de le glisser dans une poche et mesdames, pour rester élégantes auront choisi un chapeau de saison, une ombrelle ou même les deux pour être dans le « ton » quelles que soient les circonstances.
Bien évidemment, comme le veut cette tradition du concours d’élégance née en France, puis oubliée et revenue à la mode via nos amis anglais, la bonne humeur, voire même la pitrerie. L’amabilité et la rigolade  les bienvenues lors des week end entre propriétaires même si la bienséance et les bonnes manières sont de mise notamment quand les juges vêtus de leur blazer bleu marine (ndla : c’est actuellement une couleur à la mode !), pantalon en toile beige, chapeau beige vissé sur le crâne et bloc notes en main viennent examiner la fameuse voiture inscrite au concours.
Ainsi va le week end d’un concours d’élégance entre bonne tenue, habitudes parfois surannées, beau temps, herbe bien verte et fraiche, bruits de moteurs et doux pétillement d’une fameuse boisson champenoise toujours dégustée avec modération en de telles circonstances.

Les bases de ce que l’on doit faire en concours sont jetées. Et si les règles sont assez similaires sur les principaux concours de la saison, sachez que celles peuvent être bien différentes lors de manifestations moins « huppées » mais tout aussi agréables et passionnées.

Pour notre photographe Fabien Legrand, ce Chantilly 2016 fut une première : « C’est avec curiosité que je suis allé au « Arts & Élégance de Chantilly », regroupant une belle partie de l’histoire de l’automobile. Après tout, voyant régulièrement des modèles récents, il est toujours bon de s’instruire en découvrant ce qu’était l’automobile des années auparavant. » Pour les amateurs comme les passionnés, se piquer de culture n’est jamais inutile, surtout quand on voit le sort qu’il est réservé à l’automobile ancienne en France : les musées, les traversées ponctuelles hors des heures de boulot en semaine, et un désagréable sentiment de spéculation à chaque vente aux enchères.

L’ambiance vaut aussi pour son côté sophistiqué : « le dress code imposé est accessible pour les hommes comme les femmes s’y rendant mais moins pour les photographes devant trimbaler quelques kilos de matériel, qui plus est sous le soleil… Une fois arrivé, les premiers anciens modèles commencent à apparaitre avant d’occuper bientôt l’intégralité de mon champ de vision. Il y en a tellement que l’on ne sait pas réellement par où commencer le reportage photo! Entre les enchères, les clubs d’une marques, les constructeurs exposant leurs derniers concept cars ou encore les particuliers venant exhiber leur bijou à 4 roues, il y a de quoi faire et c’est impressionnant ».

Une fois les premiers tours de repérage passés, on comprend assez vite l’organisation. Il faut, comme toujours « attendre que les visiteurs s’éloignent avant d’enchaîner des clichés, modèle par modèle, et d’enchaîner. » Mais il n’y a pas que de l’automobile en cette belle journée : promenade en bateau ancien, composition d’art floral, expos de marques… Même ceux que l’automobile « saoule » vite y trouvent leur compte.

Puis vient l’heure de la remise des trophées. Pour Fabien, « en soi, l’idée est bonne, mais avec plus d’une vingtaine de catégories différentes, il en ressort une impression de trop, jusqu’au point d’orgue, la remise du plus beau concept car, exprimant au mieux l’élégance et le luxe. »

Ainsi, la gagnante de cette année fut la DS E-Tense. La concurrence était forte notamment celle de l’impressionnant Mercedes-Maybach Vision 6, qui aurait pu gagner lui aussi. Mais DS joue à domicile et un peu de fierté nationale ne fait pas de mal, parfois. Les présentations de véhicules sont accompagnées de mannequins en robes de couturiers, ainsi que de la Garde Républicaine.

Premier moment fort de la rentrée automobile, ce fut pour Fabien « tout de même un moment plaisant pour apprécier la belle mécanique », avec une seule question en suspens : « cela méritait-il de 35 à 50 euros l’entrée ? » La passion a un prix, oui, mais elle peut peut-être se vivre de façon plus démocratique. Maintenant, rendez-vous le 10 septembre 2017 pour Chantilly, 4e édition ! Avant cela, nos dernières images de cette ambiance surannée…

La galerie des françaises
La galerie des italiennes

La galerie des allemandes et des japonaises
La galerie des anglaises
Le rallye et les supercars
Notre vidéo de l’évènement

Crédit photographique : Fabien Legrand, Thomas Capiaux, Loïc Maschi, Quentin Decorps – The Automobilist