Le Nouvel Automobiliste
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Carlingue, le premier mook de la presse auto française

Lancée en avril 2016, la revue Carlingue en est déjà à son troisième numéro. L’occasion de faire le point sur ce nouveau titre de la presse automobile et sur son positionnement particulier, celui du mook.

Si vous côtoyez de près la presse automobile, il ne vous aura pas échappé qu’elle est en difficulté. Prix au numéro qui augmentent, ours qui se réduisent, titres qui changent de propriétaires… La demande en presse auto évolue, et les magazines « papier » souffrent. Après des années d’âge d’or, où certains titres regorgeaient de publicité, les temps sont durs, dans une époque marquée par l’explosion de l’offre d’information : sous forme de journaux, mais aussi sur Internet, où tout est majoritairement accessible gratuitement, à l’image de The Automobilist, est loin d’être le premier responsable. Mais Internet est loin d’être le premier responsable…

Ce serait même plutôt l’inverse : plutôt que cause première, l’émergence de nouveaux médias, sur Internet comme dans les linéaires de kiosques (à l’image des revues spécialisées axées sur certaines marques ou modèles, sur les anciennes, sur les youngtimers) n’est qu’une conséquence. Une conséquence d’une offre médiatique existante décevante, souvent trop chère pour son contenu, aux sujets et marronniers éculés (le numéro ‘Spécial SUV’ ou ‘Spécial Essais’, la couverture « les allemandes’, le dossier ‘100 nouveautés’…), ou aux textes de moins en moins argumentés. La nature a horreur du vide, un segment de marché se crée donc pour répondre à cette offre nouvelle. Parmi ces titres, un nouveau venu : Carlingue, un mook.

Un mook ? Oui oui, pas un mooc, ces cours universitaires en ligne, mais un mook, substantif né de la contraction entre magazine et book. En somme, un beau magazine, riche en texte, en belles photos, mais à la parution plus lente, avec un prix d’achat plus élevé. Parmi les mook connus, on trouve les revues XXI, Muze, France Culture Papiers, mais aussi 2017 & Plus au Havre, les Atlas coédités par Le Monde et La Vie, ou encore CartO éditée avec les éditions Autrement pour les géographes. Le prix de ces titres n’hésite pas à dépasser les 10 euros, un effort conséquent pour un lectorat qui n’est plus celui de l’info brûlante que l’on consomme et que l’on jette, mais celui de l’info froide, réfléchie. Dans les bibliothèques, un mook trouvera aisément sa place, et les tranches sont parfois pensées pour cela.

Seul segment de la presse « épargné » ou « ignoré » des mooks ? La presse automobile, bien-sûr. Oh, certes, quelques hors-séries comme les Toutes les Voitures du Monde ou Salon s’en rapprochent, sont des incontournables de culture auto, de même que la revue Automobiles Classique et ses 7,30 € au numéro, et se positionnent sur ce type de marché. Mais, jusqu’à présent, pas de « tendance » mook à remarquer dans la presse auto française, qui se réduit à une pagination de 80 à 150 pages, des prix groupés entre 2 et 7 €, pour des parutions allant de l’hebdomadaire au mensuel.

Apparue en avril 2016, la nouvelle revue Carlingue est pour ainsi dire le premier mook automobile français. 100 pages imprimées sur un beau papier, de longs textes, une parution trimestrielle, et un tarif rarement vu chez nous -14 euros en papier, 7 euros en numérique- positionnent Carlingue comme OPNI –objet de presse non-identifié- dans les linéaires.

L’éditeur d’ailleurs, quel est-il ? Il s’agit des Éditions Maison Rouge. Le directeur et rédacteur en chef est M. Jean-Paul Milhé, qui s’est lancé dans cette aventure accompagné d’Évelyne Milhé et du graphiste Geoffroy Gratt. Sous-titré « Vintage & Locomotion », cette revue se veut prête à traiter de tout sujet un tant soit peu ancien et traitant de la mobilité. Pas une revue 100 % auto donc, et qui aborde donc le design (le microphone Shure 55, Charlotte Pierrand), la photographie (Stephen Shore), les mondes ferroviaires (locomotives ‘Bulldog Nose’), nautiques (le Runaboot Liuzzi) ou aériens (l’avion Bugatti 100 P), ou encore les hot rods et les records de vitesse sur le lac de Bonneville.

Le numéro 2, baptisé « le Numéro Bleu », continue dans la droite ligne du premier opus. Un original essai de dragster, ainsi qu’un papier sur l’aérotrain de General Motors sont à noter. Le numéro s’achève sur une chronique de la « vie moderne », avec le dernier départ au Japon du train de luxe ‘Hokutosei Express’, rame historique aux accents d’Orient-Express avec sa voiture restaurant et qui nous rappelle combien la grande vitesse et l’aéronautique ont tué une forme de « plaisir d’aller lentement dans le luxe ». Le numéro 3 vient de paraître, intitulé « le Numéro Bois ».

Pour l’heure, après lecture des deux premiers numéros, il ressort que les thématiques américaines sont privilégiées. Il faut dire que la culture automobile s’est en partie bâtie sur l’american way of life, et ses audaces (calandres chromées, lignes aérodynamiques…). Loin d’être un défaut, cela a le mérite de nous faire découvrir des choses, des morceaux de culture automobile mais aussi –bien- plus largement sur le monde des transports en général. Et cela n’empêche pas de parler de ces madeleines de Proust nationales que sont le Concorde ou le France.

La distribution de la revue se fait actuellement principalement via le site Internet et chez quelques distributeurs, dont la liste est précisée sur ce dernier. Par ses sujets et sa présentation, Carlingue détonne dans la presse française. Le classer comme magazine auto de luxe serait réducteur, il s’agit davantage d’une revue culturelle sur les transports. Et mine de rien, quand on y pense, cela manquait. Souhaitons donc une longue route à Carlingue.

Site internet de la Revue Carlingue