Le Nouvel Automobiliste
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Bugatti EB 110 Super Sport : deux modèles rares approchés.

Nous sommes en 1991. Après une période d’inactivité qui dure depuis les années 60, la marque Bugatti, rachetée en 1986 par Romano Artioli et devenue Bugatti Automobili SpA, présente au monde sa vision de la sportive moderne, la EB 110 GT. Débauche de technologie et puissance abondante en font une sportive aux performances hors du commun pour l’époque et encore franchement d’actualité, même plus de 20 ans après. Découverte statique et mobile de ce modèle d’exception à travers deux véhicules particuliers.

Commençons par l’anecdote de son patronyme. Si EB est facilement identifiable, à savoir les initiales d’Ettore Bugatti, fondateur de la marque, le 110 est plus subtil. Il s’agit en fait de l’âge qu’il aurait eu l’année de la présentation des modèles.

Fidèle à ses convictions, les italiens développent la plus puissante des voitures de l’époque. Porsche s’était arrêté à 450 ch avec sa 959, Ferrari à 478 avec la F40, voilà que la 110 débarque avec 560 ch ! Et même 610 dans sa version SuperSport que nous voyons aujourd’hui. Soit la puissance d’une Lamborghini Huracan qui nous parait déjà élevée de nos jours, alors imaginez 20 ans en arrière.

Les solutions techniques adoptées sont aussi novatrices : le châssis est en carbone (et développé en partenariat avec l’Aérospatiale), tout comme certains éléments de carrosserie sur la SuperSport, jantes en magnésium, petit V12 de seulement 3,5 l de cylindrée, mais dopé par 4 turbos soufflants à plus de 1 bar (1,2 sur la SS), transmission intégrale, etc.

Certains éléments auraient pu être plus poussés, comme les suspensions dont une version hydraulique avait été étudiée, mais trop longue et coûteuse à développer, c’est une solution classique de chez Messier-Bugatti qui fut retenue. Des freins en carbone-céramique (rare encore de nos jours) ont été envisagés, mais leur mise au point fut trop tardive et l’EB 110 s’en remet à des disques en fonte pincés par de gros étriers Brembo.

Après cette présentation, il est temps de s’intéresser plus spécifiquement à nos deux modèles du jour. Car oui, il y en a bien deux à voir, et elles ont chacune un pedigree particulier.
Je commencerai par celle que je n’ai approché qu’à l’arrêt, qui fut engagée en course et passée entre les mains de Gildo Pallanca-Pastor, Patrick Tambay, Derek Hill, Olivier Grouillard ou encore Eric Hélary. Elle n’a finalement que peu couru, et son palmarès est de fait peu éloquent, mais il s’agit d’une des deux seules EB 110 ayant participé à des courses (l’autre étant la bleue aux couleurs du circuit de Lohéac), ce qui en fait un modèle à part dans les 31 SuperSport produites.

L’autre a une allure plus classique. Elle aussi participa à des courses avant de retrouver sa configuration d’origine à la suite d’une sortie de route lors des pré-qualifications du Mans 1996, elle a, une fois réparée, battu le record de vitesse sur glace avec 296,34 km/h.

C’est elle aussi qui m’a accueilli pour une balade autour de Molsheim lors du Festival des Enthousiastes Bugatti Alsace (voir ici), moment préparé et attendu. Comment vous expliquer… L’aventure commence à l’arrêt en fait. Si le dessin ne m’emballait pas vraiment il y a 20 ans, notamment à causes de ces phares que je trouve trop gros, il faut avouer qu’elle a une sacrée présence cette auto ! Et que dire du spectacle des portes en élytre ? Il suffit à ameuter les foules et à vous faire comprendre que les prochains instants n’auront rien de banal.

Reste à se laisser tomber dans le siège baquet parfaitement adapté, et très confortable. Et admirer l’habitacle tendu de cuir du sol au plafond, dans un bleu très Bugatti. Ambiance garantie mêlant luxe et sport. L’aluminium est lui aussi présent, rappel des sportives Type 35 des années 20…

En se retournant, on aperçoit le moteur, bien visible et qui donnait des performance surréalistes pour l’époque. Petit rappel : vitesse maxi : 355 km/h, 1 000 m DA : 19,6s et le 0 à 100 km/h abattu en 3,26 s. Elle fut la première à descendre sous les 20 secondes sur l’exercice du km, véritable juge de paix en matière d’accélération. Et me voilà dedans.

Tous ces chiffres ne me reviennent pas immédiatement, mais l’on sent la bête prête à bondir malgré le rythme plutôt cool adopté. Par contre, les sensations affluent en masse, les sifflements des turbos, de la transmission, les craquements de la coque en carbone, … Tant de choses que peu d’autres voitures offrent, même à l’heure actuelle.
On sent la structure très rigide, à même d’encaisser les énormes contraintes auxquelles elle doit être soumise lors d’une utilisation plus extrême. La boîte semble ferme mais précise et franche, voilà mes impressions en tant que passager. C’est peu, mais beaucoup en même temps…

Cette petite balade s’est faite pour rejoindre le groupe des anciennes lors d’une pause, et nous avons voyagé en convoi accompagnés d’une Veyron, unique elle aussi, car c’est la dernière des pré-série, celle que vous avez vue en photo lors du lancement du modèle et qui, je l’espère, fera partie d’un prochain reportage !

En attendant, voici l’intégralité des photos réalisées sur ces deux modèles, je vous laisse apprécier :

Sources : wikipedia, racingsportscars.com, automobileweb.net
Crédits 
photo : Thomas WAELDELE et Khalil pour The Automobilist
Merci aux propriétaires pour ce moment magique, à Florent, aux Enthousiastes Bugatti Alsace, et à tous les fans de la marque à travers le monde.