Le Nouvel Automobiliste
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Brexit : les constructeurs automobiles le souhaitent-ils ?

Difficile de répondre de manière catégorique à cette question mais le scrutin britannique approchant à grands pas et le débat ayant impliqué plutôt malgré elle la marque Toyota c’est pour nous l’occasion d’aborder le sujet.

The Automobilist BrexitBien malin qui pourrait pour le moment prédire l’issu d’un vote où les partisans des deux camps semblent se rendre coup pour coup et qui divise à part quasi égale l’électorat britannique. Sortir ou ne pas sortir ? Leave or remain ? To be in the EU or not to be ? Telle est la question que se posent les britanniques et que le reste de l’Europe, mais pas que, regarde avec attention.

D’un côté comme de l’autre c’est avant tout à coup de prédictions plus ou moins catastrophistes que l’on essaye de convaincre les électeurs de faire le bon choix et, dans la bagarre, tous les arguments peuvent être bons à utiliser. Ainsi il y a quelques jours un tract favorable au Brexit a repris le logo et le nom de l’entreprise Toyota (mais pas seulement puisqu’on y retrouve aussi Nissan ou Vauxhall ainsi qu’Unilever ou Airbus) en rappelant que le japonais s’était d’ores et déjà prononcé pour un maintien de ses usines (et donc de l’emploi) en Grande-Bretagne. Un bon moyen de faire taire les pro-européens qui clament assez souvent le risque de départ des entreprises étrangères en cas de sortie de l’Union.

Le problème c’est que Toyota, comme d’ailleurs les autres marques positionnées sur le prospectus pro-Brexit, n’a pas franchement apprécié être mêlé au débat politique. Car, certes, le géant japonais a bien affirmé qu’il ne quitterait pas la Grande-Bretagne, et ce quel que soit le résultat du référendum, mais il ne voit pas d’un très bon œil pour autant d’être associé à l’un ou à l’autre camp. Et peut-être encore plus d’être associé au camp favorable à la sortie car le groupe a également dit qu’il pensait de son point de vue qu’un maintien au sein de l’UE lui serait probablement plus favorable à long-terme. Du coup Toyota a annoncé qu’il y avait une forte probabilité pour qu’une plainte soit déposée sur la base d’une utilisation abusive de son nom en tant que marque déposée.

Mais alors qu’en est-il exactement de l’avis des constructeurs automobiles face à ce choix cornélien shakespearien ?

A première vue, et même si toutes les marques se défendent par dessus tout d’avoir un avis politique afin de ne surtout pas potentiellement se mettre à dos la moitié de la population, donc des acheteurs, les constructeurs automobiles sont tout de même largement favorables à un maintien au sein de l’UE. En témoigne ce sondage réalisé par la Society Of Motor Manufacturers and Traders (SMMT) regroupant toutes les entreprises du secteur automobile d’Outre-Manche et dont le résultat apparait absolument sans ambages : 88 % des entreprises souhaitent rester dans l’Union et 77 % estiment que c’est dans leur intérêt.

Il faut dire que le secteur automobile est un secteur qui ne se regarde pas particulièrement le nombril et dont l’activité dépasse très largement les limites d’un seul état. La plupart des usines implantées en Grande Bretagne sont en fait des centres de production européens dont les trois-quarts de la production sont destinés à l’export et, pour près de 60 %, à destination du reste de l’Union Européenne. Dans l’état actuel des choses, elles profitent du très grand avantage représenté par l’absence de barrières douanières.

Mais si celles-ci venaient à être rétablies il faudrait alors que le gouvernement britannique renégocie avec chacun de ses partenaires pour trouver des accords commerciaux équilibrés. Cela prendrait probablement de longues années, sans aucune certitude de trouver des accords favorables. En attendant le rétablissement des taxes rendrait le prix des véhicules fabriqués au Royaume-Uni nettement moins compétitif. On comprends alors mieux le résultat du sondage évoqué plus haut.

Pour autant la situation n’est pas forcément aussi limpide pour tout le monde et surtout les conséquences d’un Brexit pourraient également avoir des aspects positifs susceptibles d’amortir certaines difficultés. Ainsi, si les marques de luxe britanniques telles que Jaguar ou Rolls Royce ne semblent pas particulièrement s’émouvoir d’un potentiel renchérissement de leurs modèles à l’export c’est un peu plus délicat pour les constructeurs généralistes. Les premiers préoccupés sont les japonais qui pour de multiples raisons (sociales, économiques, historiques, culturelles) sont fortement implantés en Grande Bretagne et pas uniquement dans le secteur automobile.

C’est le cas de Toyota avec ses deux usines de Burnaston et de Deeside mais cela concerne aussi Nissan à Sunderland (une usine que nous avons visité récemment ici) ou encore Honda à Swindon. Pour ces trois marques la hausse des prix de ses véhicules dans le reste de l’Europe serait sans doute assez peu profitable. Elles tablent cependant sur une baisse de la Livre Sterling comme conséquence d’un Brexit susceptible, par une diminution mécanique des coûts de production, de compenser la taxation aux frontières. Mais tout cela reste de l’ordre des suppositions et autres projections économiques dont on sait qu’elles restent bien souvent très éloignées de la réalité.

Bref, il y a les pour et les contre et il y a les constructeurs automobiles qui prendront tout ce qui viendra comme ça viendra et feront sans doute avec. Au final le résultat du référendum du 23 juin prochain pourrait très bien n’avoir qu’une très faible conséquence sur ce secteur là chez nos amis britanniques.

Via BFM Business, Automotive News Europe, CCFA