Le Nouvel Automobiliste
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Avec la Renault R.S.16, Renault revient en Formule 1

Mercredi 3 Février 2016, Renault conviait la presse internationale au Technocentre, lieu de naissance de ses nouveaux produits. Une fois n’est pas coutume, le véhicule présenté dans la vaste salle du département du Design était une monoplace de Formule 1 : la Renault R.S.16.

Renault revient en Formule 1. Cette information, nous la connaissons depuis le 3 décembre 2015 et l’annonce par Carlos Ghosn, P-DG du Groupe Renault, du retour complet de Renault en tant qu’écurie pleine et entière en 2016, avec un châssis et un moteur frappés du Losange. Ce fut long avant d’avoir la certitude que Renault resterait en Formule 1, tant le départ complet semblait possible après les déboires du moteur V6-Turbo et la mésentente avec le partenaire-client, l’écurie Red-Bull racing.

En coulisse, Renault souhaitait que ce retour lui soit le moins coûteux possible : en 2009, Renault F1 Team cédait son écurie à Genii Capital sur fond de scandale (le crash de Nelson Piquet Jr) ; en 2015, Renault ne dépense qu’une Livre symbolique pour prendre le contrôle de la structure qui était la sienne six ans auparavant, à Enstone (Royaume-Uni).

Une nouvelle organisation pour Renault Sport

Adieu Lotus F1 Team et bonjour Renault Sport Formula One Team. C’est le nouveau nom de la structure F1 de Renault, basé pour partie à Viry-Chatillon pour la conception du moteur, et à Enstone donc pour l’assemblage du châssis. A l’intérieur de Renault Sport, l’écurie de Formule 1 fait partie d’une nouvelle structure : Renault Sport Racing, qui rassemble également les activités de l’écurie Renault e.dams en Formule E, Formule 2.0, la Renault R.S. 01 Trophy et la compétition client (Clio Cup etc.). La marque des voitures de sport « R.S. » devient la division Renault Sport Cars, charge à elle de développer et commercialiser les produits de la gamme R.S. Nous reviendrons sur ceux-ci avec une interview que nous a accordé Patrice Ratti, Directeur de Renault Sport Cars.

Avec ces deux entités, les transferts de technologies doivent être plus importants et les synergies plus fortes. La présidence de Renault Sport Racing sera assurée par Jérôme Stoll, Directeur délégué à la Performance et actuel Président de Renault Sport ; Cyril Abitboul en sera Directeur Général, et Frédéric Vasseur sera Directeur de la Compétition.

Et on reparle de Formule 1…

Le nouveau châssis de F1 s’appelle Renault R.S.16 ; le nouveau moteur, ou groupe propulseur V6 Turbo – Power Unit, porte le nom de Renault R.E.16. Le premier est anglais, le second français. Le Directeur Technique est Bob Bell, un habitué du Losange puisque c’est l’ancien Directeur Général de Renault Sport F1, de retour à Enstone après 3 ans chez Mercedes. Il aura sous sa responsabilité deux directeurs techniques, un pour le châssis -Nick Chester- et un pour le moteur -Rémi Taffin, déjà présent les années passées. Les pilotes de la nouvelle écurie Renault Sport Formula One Team seront Kevin Magnussen et Jolyon Palmer, tandis qu’Esteban Ocon sera pilote de réserve. A l’avenir, les futurs pilotes seront peut-être issus de la Renault Sport Academy, censée les détecter.

Côté partenaires, Renault bat le rappel de Total, des anciens partenaires de Lotus Microsoft et EMC, ainsi que le partenaire minoritaire Genii Capital Group via sa société Gravity Motorsports. Embarquent sur la carrosserie en fibre de carbone de la F1 les montres Bell&Ross, les enceintes Devialet, et les firmes de vêtements Bestseller et Jack&Jones.

…et d’Infiniti

Il y a cependant un partenaire, issu de Red-Bull celui-ci, et qui s’affiche haut et fort sur le capot de la F1 : Infiniti ! Le Communiqué de presse indique que la marque « va continuer son aventure en Formule Un aux côtés de Renault en renforçant son engagement par le biais d’un programme technologique spécifique. » La suite est plus importante encore : « Infiniti développera la seconde génération de systèmes de récupération d’énergie (ERS) pour le groupe propulseur F1 ».

Ainsi faut-il comprendre que les transferts de technologies, promis de la compétition à la série, se feront également entre les marques de l’Alliance Renault-Nissan.

En amont, c’est un an de travail qui fut nécessaire à Cyril Abitboul et ses équipes pour convaincre, en interne, de l’utilité de la F1. Il a rappelé les sacrifices (l’abandon de la Formule 3.5) Sur scène, il a déclaré :« cela nous a pris un an pour construire la confiance, pour redevenir une équipe à part entière. Mais ça n’a pas été une année perdue : c’était une année nécessaire, pour maintenant prouver notre claire intention, gagner ».

Quelles ambitions ?

La nouvelle monoplace R.S.16 est toute de noir vêtue. Ses couleurs ont été validés par le Design et son directeur, Laurens van den Acker. Mais ce n’est pas la livrée définitive de la voiture, qui apparaîtra sous d’autres couleurs au premier Grand Prix, à Melbourne. En revanche, c’est bien dans cette livrée noire/jaune, qui rappelle feues les Lotus F1 auxquelles elle succède à Enstone qui elles-mêmes singeaient les « John Player Special », qu’elle fera ses tests sur le circuit de Barcelone.

L’ambition de la nouvelle équipe, c’est de revenir sur les podiums d’ici 3 ans. Et à terme, de gagner, même si le chemin sera long à n’en pas douter. Il faut être réaliste : l’équipe vient à peine d’être composée, le châssis a à peine reçu son moteur, et ce dernier est toujours en cours de développement. Autant dire qu’à Melbourne, finir la course et si possible dans les 10 premiers sera déjà satisfaisant. Chercher les podiums, puis les victoires, ce sera pour plus tard. Au moins semble-t-il n’y avoir pas d’exigences trop pressantes pour risquer de tuer cette ambition.

Quelques propos tenus ce jour-là

C’est l’inconvénient de ces présentations, où sont invitées un maximum de personnes pour réaliser en un minimum de temps des entretiens. C’est la raison pour laquelle nous avons plutôt condensé différents propos tenus par les différents porte-paroles ce jour-là.

Tout d’abord, pour continuer sur l’ambition de l’écurie, M. Carlos Ghosn a dit : « Renault n’est pas là pour participer mais pour concourir, et gagner ». La nouvelle écurie est pour autant réaliste : « nous n’attendons pas de miracle, pour l’heure nous avons besoin de temps, et nous avons tout entre les mains pour réussir », précise le même C. Ghosn. Qui se permet, avec mémoire, de rappeler : « Jusqu’à maintenant, quand l’équipe gagnait, c’était grâce de son châssis ; quand elle perdait c’était à cause de notre moteur. Oui, on a l’habitude depuis deux ans ! ». Avec cette nouvelle indépendance dans l’exposition de son nom et donc de son savoir-faire, l’équipe Renault s’assure, en marge des Red Bull qu’elle continue à motoriser de façon anonyme, d’être libre dans les louanges ou les critiques qu’elle recevra.

Mais pourquoi revenir quand on est… parti ? Voici la question posée par un journaliste, qui expliquait que la possible « illisibilité » de cet engagement dans l’esprit du public. M. Carlos Ghosn répond : « Je ne pense pas que ce soit illisible car nous avons des objectifs. En Europe, Renault est presque 2ème constructeur en termes de vente et le devenir est notre objectif pour 2016, en Europe il n’y a pas de problème de visibilité pour Renault. Mais en Chine, en Inde, un peu moins au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud où nous sommes depuis longtemps, Renault doit se faire connaître au grand public de ces pays émergents. Et comme Renault s’installe sur ces marchés, cela ne fait pas l’effet d’un retour. Et pour ceux qui connaissent la F1, ils savent que nous n’en sommes pas partis, et que Renault revient donc non pas comme joueur partiel mais comme joueur total ».

Passion for racing

Le slogan de Renault, Passion for life, est devenu le temps de cette conférence dans la bouche des participants « passion for racing« . Au-delà, le retour en F1 est donc le témoignage de la stratégie internationale de Renault. Le directeur commercial, Thierry Koskas, précise : « La F1 est clé dans notre stratégie car il n’y a pas meilleur vecteur automobile dans le monde. Cela génère, à l’intérieur et à l’extérieur, de la fierté dans l’entreprise. La Chine aime la F1, or nous arrivons sur leur marché où nous avons lancé notre usine il y a deux jours ». Et Thierry Bolloré, Directeur Délégué à la Compétitivité, d’abonder : « La F1, c’est le show car ultime ».  Pour sa part, Carlos Ghosn explique : « La Formule 1 est au cœur de nos efforts visant à accroître la notoriété de Renault, particulièrement sur des marchés où la Marque fait ses premiers pas ».

Mais quid de l’effet de va-et-vient ? Carlos Ghosn revient sur les origines de ce retour : « Il faut revenir à l’époque où nous avons arrêté notre écurie officielle. C’était en 2009, en pleine crise financière, et beaucoup d’autres constructeurs prestigieux sont partis totalement. Toyota, Honda, BMW. Nous, Renault, nous sommes restés, par fidélité à la F1, mais aussi en restreignant nos activités pour ne pas être trop fragiles. »

Renault is back to win

Carlos Ghosn continue : « En 2016, Renault est de retour, et ça s’explique parce que l’entreprise est saine et peut assumer des objectifs que nous pensons réalistes, c’est-à-dire revenir d’ici 3 ans sur les podiums. Quant à notre rentabilité, elle se mesure par l’awareness, la capacité à se faire connaître comme marque. Nous avons des moyens marketing pour cela, et la F1 est un investissement rentable dans les pays émergents que nous visons. La F1 est payante dès que l’on voit en une écurie moins un participant qu’un potentiel gagnant. Nous serons bientôt sur les podiums ».

Patrice Ratti, nouveau directeur général de Renault Sport Cars, donne son avis : « les objectifs sont réalistes, il faut du temps quand on part de là où l’on est, et vu le niveau qui est relevé. Un podium d’ici 3 ans, c’est réaliste. En 2001 il nous a fallu 2 ans avant une victoire [F. Alonso au GP de Hongrie 2003, NDLA]. Puis encore 2 ans avant d’être Champions. Pour Mercedes aussi ça a pris du temps ». Pour Alain Prost, « la Formule 1 tire toute l’entreprise vers le haut, c’est ce qu’il faut faire dans ce pays et ce n’est pas toujours facile. »

Nous laissons à Jérôme Stoll, Président de Renault Sport, qui était une fois n’est pas coutume très à l’aise au micro, le mot de la fin : « Renault is back to win (Renault est de retour pour gagner) ».

Crédit photographique : François M. pour The Automobilist.fr
Remerciements à Renault pour l’invitation à cette présentation.