Le Nouvel Automobiliste
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Au Japon, la rétrovision se fait maintenant sans rétroviseurs

Pionnier de la caméra de recul, le Japon devient le premier pays au monde à industrialiser le système de caméra de rétrovision en lieu et place des rétroviseurs à miroir classiques, du fait d’une nouvelle réglementation.

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Vous avez sûrement déjà vu des concept-cars posséder de petites lentilles se substituant aux rétroviseurs habituels. Ces voitures dites « Mirrorless » ont été proposées depuis des années par les stylistes et les ingénieurs en vue de favoriser les points de vues aérodynamique et stylistique des véhicules exposés. Initialement onéreuses, ces petites caméras seront pour la première fois industrialisées sur des véhicules de série au pays du Soleil Levant.

Le mois dernier, les propositions se sont rapprochées de la réalité au Japon, qui est devenu l’un des premiers marchés permettant aux véhicules à utiliser des caméras à la place des miroirs. La promesse de voitures « Mirrorless » a déclenchée une ruée vers des fournisseurs spécialisés en technologie embarquée, tels que que Ichikoh Industries du Japon ou encore Bosch GmbH en Allemagne. Le statut d’industriel local de l’équipementier japonais pourrait donner aux entreprises japonaises une longueur d’avance dans l’exploitation de cette tendance.

Ichikoh, connu principalement en tant que sous-traitant spécialisé dans l’éclairage au même titre que Valeo en France et en Europe, voit de grandes opportunités dans les voitures « Mirrorless » et fabrique son premier produit :

« Le secteur automobile est constamment en train d’offrir du contenu technologique de plus en plus fourni et poussé à mesure que les gammes s’agrandissent et se développent dans le temps. Cela signifie que les équipementiers seront de plus en plus sollicités avec le temps pour proposer toujours de contenu technologique pour nos clients, et que la tendance finira par doper la concurrence. On sent qu’il se crée une sorte de boom technologique, comme si l’on constatait une sorte de rupture. […] C’est en cela que nous devons nous mettre au niveau des équipementiers les plus connus et les plus influents au monde, et la caméra de rétrovision est un excellent moyen pour nous de nous faire remarquer dans le monde de l’automobile. Notre travail est d’améliorer la visibilité du conducteur à 360° avec un éclairage et des miroirs, mais aussi maintenant, avec des caméras. » a déclaré le PDG d’Ichikoh, Ali Ordoobadi, dans une interview au siège mondial de l’entreprise, situé au sud de Tokyo.

Ces nouvelles caméras présentent des avantages sur les miroirs traditionnels qui aident les constructeurs à aborder deux principaux défis: améliorer la sécurité active et passive ; et l’efficience dans la consommation de carburant, que l’on demande toujours plus réduite au fil des ans.

Pour commencer, les caméras capturent un plus grand angle de vue et peuvent voir des silhouettes semblables à celles capturées par les caméras infra-rouges vues dans les modèles haut-de-gamme, ceux-ci étant habituellement invisibles sur des miroirs. Ils peuvent également améliorer la visibilité en numérique pour compenser l’éblouissement ou l’obscurité, même par temps pluvieux. Les systèmes à base de caméras pèsent généralement moins lourd et permettent de réduire la traînée aérodynamique, ce qui favorise la consommation de carburant. Ils permettent également de rendre les véhicules potentiellement plus sexy, sans l’excroissance qu’est le rétroviseur lui-même.

Le produit de Ichikoh est un rétroviseur intérieur qui a une double fonction : il fonctionne comme un miroir régulier, et via un simple bouton, il se transforme en un écran digital affichant un flux vidéo en direct de la vue arrière. Surnommé « Smart Rear View Monitor », il est entré en production pour la première fois le 28 Juin. L’heureux client va l’utiliser dans un véhicule qui sera en vente au Japon en août. Cette technologie est très connue et pourtant déjà industrialisée depuis longtemps sous la forme du miroir… intérieur ! La Kia Soul (uniquement la caméra de recul) ou plus récemment la Cadillac CT6 (prochainement à l’essai sur The Automobilist), pour ne citer que ces deux modèles, en sont dotées. En revanche, le miroir extérieur s’avère une première.

Avec ce système, Ichikoh souhaite fournir la plupart des constructeurs généralistes et low-cost du monde entier. L’équipementier japonais prévoit que d’ici 2023, environ 29% du marché japonais – soit près de 2,3 millions de véhicules – auront des moniteurs vidéo comme rétroviseurs intérieurs et 12% comme rétroviseurs extérieurs, soit approximativement 900 000 véhicules : « Nous ne chercherons pas seulement à nous développer pour le marché japonais : les autres pays du monde bénéficieront de nos produits, à commencer par l’Union Européenne et les USA« , a déclaré Ordoobadi.

L’essor est tel que la réglementation japonaise a changée les règles pour permettre aux voitures « Mirrorless » de circuler librement à compter du 17 Juin.

Au niveau mondial, le Japon et l’Union européenne seront parmi les premiers à réviser leurs législations respectives dès cette année pour permettre à la nouvelle technologie d’évoluer. Les États-Unis suivront en 2018, et la Chine devrait rejoindre le club en 2020. Avec son partenaire français Valeo SA, Ichikoh prévoit d’introduire ses systèmes de surveillance en dehors du Japon, y compris les États-Unis et en Europe.

Grâce à Ichikoh, si le succès finit par être au rendez-vous, cela inspirerait d’autres équipentiers plus connus d’exploiter cette voie, mais en attendant : « Je peux dire que nous sommes les premiers sur le marché !», a déclaré Ordoobadi.

Pour rappel, le seul véhicule de série à être doté de caméras de rétrovision est le Volkswagen XL1, au prix délirant de 111 000 €, grâce à une évolution du droit allemand idoine.

 Via Automotive News