Le Nouvel Automobiliste
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A la découverte des Citroën 2CV Cochonou du Tour de France

C’est l’événement sportif du mois de juillet chaque année : le Tour de France. Trois semaines, 21 étapes, pour la course cycliste la plus prestigieuse au monde. Sur le bord des routes, des millions de spectateurs, massés plusieurs heures durant. Leur source de motivation ? Applaudir les coureurs, bien-sûr… mais aussi assister au défilé de la caravane publicitaire ! Et l’une des icônes de cette caravane, c’est la 2CV Cochonou. Partons à sa découverte !

Des deuchistes passionnés

Tout commence en 1999. Cochonou, sponsor du Tour de France depuis 97, cherche à accentuer sa visibilité. Pour cette course symbole de la France, il fallait une voiture symbolique : la Deuche était toute trouvée.

La caravane se compose d’abord de berlines, acquises en occasion, puis la flotte très vite grandit. Aujourd’hui, ce sont 7 Deuches, à raison de 3 camionnettes, 3 berlines et 1 limousine. L’équipage compte également, dans les villes départ et arrivée, 2 Solex, 1 porteur à bras et 1 voiturette électrique, pour distribuer les rondelles de saucisson et les célèbres bobs au public.

Chaque année, ces Deuches parcourent plus de 6000 km. Elles ne craignent ni la pluie, ni la montagne, ni la foule ! Pour les préparer, Cochonou a fait appel à la société Live Meetings, installée près de Saint-Vincent de Tyrosse (40).

Depuis 2012, son fondateur, Stéphane Domecq, s’est lancé dans l’entretien de véhicules de collections, notamment de 2CV mais aussi de Coccinelles, en créant la société Vintage Car Club. Il explique : « J’ai fait mon premier Tour de France avec Panzani, en 96. Et j’ai adoré. Cette année, ce sera mon 22è Tour, et toujours avec le même plaisir. » Son associé, Romuald Nadaud, complète : « avec nos mécaniciens, carrossiers et peintres, on fait de la réparation et restauration de 2cv classiques dans nos locaux depuis janvier 2016. Avant nous étions à Labenne ».

Les 2CV Cochonou en action !

Toutes les voitures sont reliées entre elles par talkie-walkies, et branchées sur Radio Caravane, le canal de l’organisateur ASO. Disposées de chaque côté de la route, c’est la « Charcutière » qui ouvre le cortège avec Jérôme et Yannick comme speakers, suivie des 3 berlines distributrices des goodies.

La Limousine transporte les invités de la marque, puis les 2 camionnettes ferment la marche. Leur rôle est d’assurer la maintenance des Deuches, en cas de panne, et sont aux mains de 2 mécaniciens, Christophe Dubois dit « Cracotte », et Jérôme Lescoulier dit « Jéjé » !

Cracotte raconte : « les étapes ne font pas peur aux Deuches. Le Tourmalet, c’est de la rigolade pour nous, on est même plus à l’aise parfois que d’autres caravaniers avec des chars très lourds. On n’a pas l’embrayage qui chauffe nous ! Ce sont des 2CV du début des années 80, et toutes sont 100 % d’origine ! On a juste modifié les freins pour avoir des disques avant et arrière. Sinon ce sont des 2CV6, 602 cm3, 27 ch, qui roulent au SP98. En moyenne, on tourne à 6 Litres/100 km. »

Fans de Deuche, ils ont démonté une face avant et un moteur en l’espace de 10 minutes. Chaque soir en fin d’étape, ils vérifient les voitures après dîner, pour s’assurer que tout va bien. « Les 2CV sont solides, explique ‘Gégé’, on emporte dans les camionnettes des pièces de rechange : un moteur complet, 2 boîtes de vitesse… De toute façon, c’est toujours LA pièce qu’on n’a pas dont on a besoin ! On peut alors compter sur les clubs deuchistes présents sur le parcours de la course, qu’on contacte avant le départ pour les prévenir au cas où. Par comparaison, il y a moins de clubs de R4. »

La plus originale de la flotte est bien-sûr la Limousine, rallongée de près d’un mètre. Carrossée par Hoffmann, elle fut l’une des premières du genre, même s’il en existe d’autres depuis. Elle fut achetée ainsi, et passe comme toutes les autres le Contrôle technique, l’antipollution et la pesée quotidienne sur le Tour.

De l’art ou du cochon ?

Ne nous méprenons pas, à l’origine il y a du marketing. Réussir à associer une icône automobile, une course légendaire, le tout à un produit « ancestral » de la culture culinaire, c’est réussi. D’ailleurs seules des deuches « mythiques » (à phares ronds et 6 glaces) sont présentes, et non les moins médiatiques à phares carrés… Un peu comme 4 Roues sous un parapluie à Paris, qui possède d’ailleurs une Deuche Cochonou pour ses visites, décorée par Vintage Car Club.

Tout ceci est savamment assaisonné des célèbres cadeaux de la caravane : chaque année, plus de 110 000 bobs, 120 000 sacs cabas, et 550 000 sachets de mini-saucisson sont distribués sur les bords des routes. Ce à quoi s’ajoutent les 1650 saucissons entiers, découpés dans les villes départ et arrivée. Soit au total, 10 tonnes de saucisson par Tour de France ! Et le strict nécessaire pour ce qui est le seul événement de com’ annuel de l’entreprise de saucissons.

Le charme agit : la foule de la caravane attend des heures, un en-cas est toujours le bienvenu, de même qu’un bob, par temps de plein soleil… Ce dernier s’arrache sur les sites de vente en ligne ! Et cela n’est pas sans parfois poser problème : les gens approchent des voitures sans faire attention pour avoir les cadeaux. Cracotte ajoute : « en tant que chauffeur, on ne profite pas du décor. Personne ne nous voit, les spectateurs ne voient que les goodies ». Certains afficionados stationnent même des semaines durant avant le passage du Tour comme dans l’Alpe d’Huez… Et quand parfois la caravane doit rattraper son retard, elle doit « zapper » certains spectateurs, aisément critiques sur le net. Reste que la majeure partie du temps, « Cochonou a toujours un bon accueil », rappelle Stéphane Domecq.

L’équipe Live Meetings de ce dernier s’occupe, en plus des Deuches du Tour, de la logistique de l’équipe Cochonou. Chaque étape, ce sont 30 chambres d’hôtel à réserver, la sécurité à assurer la nuit pour surveiller les voitures, sans oublier le suivi de la course par 1 semi-remorque, rempli des fameux goodies. Une organisation de poids, qui se prépare très en amont, dès que le parcours est révélé par les organisateurs. « Pour nous, chaque Tour commence à la fin du précédent et qu’on a le trajet, les équipes cyclistes comme les sponsors se ruent sur les hôtels. Pour 2018 et le départ de Noirmoutier, tout est déjà réservé ».

En route pour un tour !

En juillet, ce sera donc reparti pour un Tour pour les 7 Deuches et leurs chaperons. Ne manquent aux Citroën que leurs enceintes, sur les pare-chocs, et les hôtesses. A ce propos, inutile de candidater pour rejoindre l’équipe : « des CV d’hôtesses on n’en manque pas, et nous renouvelons au maximum les équipes d’une année sur l’autre. Ce dont nous manquons, c’est de gens expérimentés qui ont notre état d’esprit car il faut vivre en bande pendant 3 semaines », confirme Stéphane Domecq, qui ajoute : « qui ne prendrait pas du plaisir au Tour de France ? Si en plus c’est en 2cv, c’est simple : y mettre un pied, c’est déjà impossible de l’enlever ! »

Les esprits sont donc déjà prêts pour la course. Y compris face à la pluie –en 2011, près de 18 étapes courues sous les embruns, avec pour certaines de la grêle ! Dans ces conditions, les hôtesses se mettent à l’abri et distribuent les cadeaux par les vitres avant. Bichonnées, de toutes époques, accusant l’âge mais avec des compteurs pourtant pas très élevés, au point qu’on ne sait plus si leur nombre total de km est exactement celui indiqué ou s’il masque un « 1 » devant… Certaines ont en tout cas une moyenne de 10 TDF au compteur, 15 pour la plus âgée et comme le rappellent les mécanos, « elles ont une vie avant, on ne peut pas tout savoir de ces 2CV »

La plus grande fierté de cette petite équipe ? C’est très certainement que toutes les Deuches engagées ont toujours rallié l’arrivée du Tour. Et c’était parfois juste ! Une année, ils ont déjà dû changer un moteur la veille de l’arrivée, à Narbonne ! Il n’y a guère que lors des longs transferts, réalisés en avion ou en TGV par les coureurs, que les voitures sont transportées sur camion-plateau.

En 2017, elles feront ainsi, en une nuit, les 900 km entre Marseille et Paris pour rallier l’arrivée. Ce sera, cette année encore, leur premier objectif. D’ici là, si vous les croisez pendant la course, faites-leur un coucou ! Certains spectateurs leur ont même offert, à leur tour, des cadeaux !

Crédit photographique : The Automobilist