Le Nouvel Automobiliste
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6 interviews pour comprendre le nouveau Peugeot 3008

Lors de la présentation du nouveau Peugeot 3008 au Bourget, nous n’avons pas fait que prendre des photos et des p’tits fours. Nous avons surtout pris le temps de rencontrer six acteurs clés du projet P84, le nom de code du nouveau Peugeot 3008.

A raison d’une interview par page, voici le programme :

1- Avec la Chef de Projet, Marion David
2- Avec le Responsable du design extérieur, Erwin Museur
3- Avec le Responsable du design intérieur, Eric Dejou
4- Avec le Responsable des graphismes, Olivier Daillance
5- Avec le Responsable de la communication 3008, Edouard Bergevin
6- Avec le Responsable de la conception du 3008, Franz Gailliegue

Rencontre avec Marion David, Chef de Projet P84 – 3008 II

The Automobilist : Bonjour Madame David. Sur scène tout à l’heure, durant la conférence de présentation, vous avez dit que vous aviez le projet P84 dès ses débuts, le 2 janvier 2012. L’année 2012 fut très tourmentée pour PSA : le 3008 II n’a-t-il jamais été remis en question ?

Marion David : Certainement pas non, c’est un projet crucial, sur un segment rémunérateur. C’était et c’est un modèle important, pour notre survie même. C’était impossible de l’annuler. Si on avait pris la décision de l’annuler, autant tout arrêter…

TA : Quel était le plus grand défi de ce projet 3008 ?

MD : Je pense que c’est d’être en mesure de réussir à la question qu’on nous pose souvent qui est : « c’est quoi, une Peugeot ? » Avec le 3008, vous avez la réponse. La plateforme EMP2, c’est la première fois qu’on l’adapte aux SUV, elle a un potentiel dynamique redoutable. Et notre P-DG Carlos Tavares l’a dit lorsqu’il a essayé un prototype : « surtout, ne touchez plus à rien ! » C’est la preuve que nous tenons une synthèse à la hauteur de nos attentes.

TA : Cela change les choses que d’avoir une dirigeant passionné par l’automobile ?

MD : Être intéressé par le produit, oui, on en a connu qui l’étaient bien moins.

TA : Un profil féminin comme chef de projet, cela change aussi les choses ?

MD : Il faudrait demander à mes collègues masculins… Ce que je sais c’est que j’ai fait 3 jours par semaine des aller-retours Belchamp-Sochaux et que forcément, quand on a des enfants, cela oblige à avoir un regard familial sur le véhicule que l’on a. Peut-être que j’ai pu avoir un regard sur certains détails que d’autres n’auraient pas eu.

TA : D’autres défis sur ce projet ?

MD : Comme toujours, le défi environnemental. On réduit l’empreinte écologique du modèle, qui est plus léger de 100 kg, malgré plus d’équipements à bord. C’est grâce à l’aluminium et aux aciers spéciaux qu’on y arrive. L’aérodynamisme aussi, avec un SCx à 0,76 m², c’est l’un des meilleurs de sa catégorie et ce même en 19″, de même qu’en CO2. Les moteurs sont efficients, les émissions sont les plus basses à l’homologation comme en vie réelle. On a aussi le défi fonctionnel : c’est la praticité et les astuces de la voiture pour pouvoir en profiter, comme le hayon mains libres, le seuil de chargement bas, l’ouverture du premier coup sans double battant, avec une longueur de 3 mètres de chargement, le plancher de coulissant qui nous fait gagner 8 kg sur le hayon… J’ai l’impression de vous lire le dossier de presse là !

TA : Et qu’est-ce qui change par rapport à l’ancien 3008 ?

MD : Il est 8 cm plus long, pour 4,45 m, mais ce sont sinon les mêmes cotes en largeurs et en hauteur. Après, c’est du style : le pare-brise a été reculé, le capot horizontalisé, ça donne un effet élancé. Le lécheur de vitres a été monté de 5 cm sur les portières, ça donne une proportion de surface vitrée réduite qui alimente le dynamisme de la ligne. Les jantes sont mieux protégées par les pneus.

TA : Quels seront les pays de commercialisation du nouveau 3008 ?

MD : Il sera commercialisé dans tous les pays où Peugeot est installé, même s’il n’y a qu’en Europe que vous trouverez la palette de motorisations annoncées aujourd’hui, à savoir les PureTech 130 ch, le THP 165, les BlueHDi 100, 120, 150, et 180 ch.

TA : Une date de commercialisation ?

MD : En octobre 2016 pour le lancement, les tarifs, dès l’été.

TA : Et quels seront les pays de production du nouveau 3008 ?

MD : France à Sochaux et Chine à Wuhan.

TA : Quel décalage entre Chine et France pour la commercialisation ?

MD : On a un décalage de 3 mois avec Wuhan, où le lancement interviendra en toute fin d’année.

TA : Depuis quand le 3008 sort de chaîne ?

MD : Depuis peu, les tout premiers exemplaires ont été produits en février. Depuis, ça continue et les exemplaires que vous voyez aujourd’hui ont été produits il y a une quinzaine de jours. L’accord de montée en cadence est attendu pour juillet.

TA : A quand une version hybride rechargeable ?

MD : Ce sera en 2019 avec un moteur essence.

TA : De côté, les protections plastiques sont importantes et mates : vous avez tenté de les peindre pour en atténuer l’impact visuel ?

MD : On l’a laissé brut finalement car c’est un code du monde des SUV. Mais oui, on a essayé de les peindre et ça ne rendait pas correctement.

TA : A l’intérieur, on est surpris du retour du textile comme décor… On attendait plutôt le woodpaper présenté dans le concept Onyx !

MD : On a aussi un intérieur bi-ton si vous préférez ! Le tissu s’est imposé pour sa résistance et son apparence.

TA : Combien de teintes de carrosserie à ce propos ?

MD : 8, dont 3 de lancement comme présentées, le Gris Artense, le Brun, le Bleu.

TA : Je reviens aux inserts textiles : pourquoi ce choix ?

MD : On n’a pas fait de choix, on n’a pas pris par défaut ou éliminé d’autres solutions… Le textile s’est imposé car il plaît, lors des clinic tests, et qu’il est sans fragilité. Le réflexe des journalistes, qui est de toujours gratter pour voir la résistance du plastique, eh bien sur du textile et pour des milliers de km, ça gardera le même aspect. Et c’est chaleureux ! De toute façon ça répond à l’objectif qui : neuf à 3 ans.

TA : On remarque, avec bonheur, le grand retour du toit ouvrant chez Peugeot. Enfin ! Est-ce parce qu’on en trouve en Chine et que vous avez harmonisé l’approvisionnement… ?

MD : C’est un must-have des SUV et c’est un must-have en Chine. Alors oui, je ne vous cache pas qu’on a commonalisé avec notre fabricant les commandes entre France et Chine…

TA : Webasto donc ?

MD : Évidemment, Webasto qui fournit des toits ouvrants à peu près à la terre entière ! Non, il y a une différence pour le modèle européen, ce sont les guides lumière.

TA : Un seul type d’intérieur, quelque soit le degré de finition, et la suppression de la lame vision tête-haute : voici un virage que prend Peugeot pour ses intérieurs !

MD : Eh oui, on nous a dit qu’il fallait être… « frugaux », c’est ça, en diversité d’intérieur et en coûts. Quant à la vision tête-haute, avec l’i-Cockpit, c’était devenu inutile.

TA : Tout à l’heure sur scène vous présentiez l’e-kick, une trottinette à assistance électrique. Quand est-ce intervenu dans le projet que d’avoir une station de recharge embarquée ?

MD : C’est assez ancien… C’est pas arrivé ces 6 derniers mois en tout cas ! Et c’est le Peugeot Design Lab qui est venu nous le proposer.

TA : On a remarqué aussi l’arrivée d’une trappe à AdBlue pour la ligne SCR d’échappement, c’est nouveau ? Combien de litres pour ce réservoir ?

MD : Oui, c’est une nécessité, et le réservoir fait 17 litres.

TA : Je pose cette question à chacun de mes interlocuteurs : pouvez-vous retracer votre parcours ?

MD : Alors, je suis ingénieure de formation, j’ai travaillé chez Booz Allen Hamilton dans l’aéronautique. C’était il y a 20 ans, j’étais aux Etats-Unis, mais j’ai eu envie de changer alors j’avais deux solutions : soit me payer un MBA à rembourser le restant de mes jours [rires] ; soit m’autoformer en choisissant un métier que je ne connaissais pas. J’ai pris ce parti, je suis arrivé alors chez PSA pour des études clientèles, en avance de phase du concept client : on devait définir des profils clients pour les produits. Et ce depuis le 3008 première génération.

TA : Renault parle du Kadjar comme « le crossover sur le terrain de la séduction ». Vous, Peugeot, ne serait-ce pas plutôt « sur le terrain des sensations » ? Si vous deviez trouver un slogan au 3008, quel serait-il ?

MD : Je ne pense pas qu’on ait besoin de reprendre les formules de la concurrence, le 3008 est unique en son genre sur le segment… Et puis, franchement, c’est plutôt Renault qui essaie de venir sur notre terrain. Vous avez vu la pub de la Mégane, activez les sensations ? C’est carrément repris de la pub de notre 308 ! Alors non, nous on suit notre voie sans se préoccuper des autres.

TA : Merci, Mme David.

Pour en apprendre un peu plus sur l’histoire du projet, partons à la rencontre des designers du 3008…

1- Avec la Chef de Projet, Marion David
2- Avec le Responsable du design extérieur, Erwin Museur
3- Avec le Responsable du design intérieur, Eric Dejou
4- Avec le Responsable des graphismes, Olivier Daillance
5- Avec le Responsable de la communication 3008, Edouard Bergevin
6- Avec le Responsable de la conception du 3008, Franz Gailliegue