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Rétromobile 2022 : un point sur les enchères et le marché de l’automobile de collection

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Deux ans que Rétromobile n’avait pas eu lieu. Deux ans que, malgré l’absence de salon, la vie de l’automobile de collection suivait son cours ! Il est donc temps de faire un point sur un marché en perpétuel mouvement.

C’était comment avant ?

Si l’on se souvient des années 2014 à 2016, il est clair que l’époque des records est, pour un temps, révolue. Les ventes aux enchères affichaient en effet, il y a quelques années, des résultats jamais atteints jusqu’alors. Des épaves se vendaient à prix d’or, des Ferrari ayant appartenu à des célébrités s’échangeaient pour plusieurs millions et les Porsche voyaient leurs cotes rapidement quadrupler. De nombreux investisseurs ont pris part au marché, de nombreuses transactions étaient réalisées à distance, simplement basées sur des paris sur l’avenir, dans l’espérance d’un retour sur investissement…

Dans cette frénésie des prix, de nombreuses autos furent restaurées hâtivement pour être revendues pendant cette période faste, au plus haut tarif possible. Seulement, les acheteurs, peu regardant sur l’état des modèles présentés en vente par des marchands, particuliers ou maisons de ventes, se laissaient encore et toujours prendre à la frénésie. Chaque achat d’une Porsche, voire d’une Ferrari était une perspective de gain de 50 % en un an seulement…

Mais, comme en bourse, une croissance n’est jamais infinie et peut s’arrêter à tout moment !
C’est à partir de 2018 que les premiers effets d’une légère régression se font sentir. Le marché
avait atteint des sommets que la loi de l’offre et de la demande ne pouvait plus réguler. Les prix des automobiles de collection ne baissaient pas, mais pour autant, de nombreuses autos à vendre ne trouvaient pas preneur, faute de demande.

En effet, les acheteurs attendaient. Ils attendaient que les prix descendent pour de bon. Baisse qui n’a pas eu le temps d’arriver, de nombreuses autos ayant été achetées par de nouveaux « collectionneurs » entre 2014 et 2016, à des prix particulièrement hauts, celles-ci ne pouvaient pas être vendues à trop grande perte. En résumé, les prix ne baissaient pas, mais les autos ne se vendaient plus, en conséquence, le marché était tout bonnement à l’arrêt.

Puis ce célèbre et envahissant virus du Covid-19 est arrivé et ses conséquences sur le marché de l’automobile ancienne se sont rapidement faites sentir. Les plus aisés trouvèrent en l’automobile ancienne une valeur refuge, mais le temps étant passé, des leçons furent retenues. Désormais, les acheteurs ont un goût et un œil plus prononcé et de nombreux métiers de conseils et d’expertises se sont développés depuis. Dans le même temps, des restaurations de grandes qualités ont été menées, en rapport avec la valeur désormais plus haute des ces vieilles autos que nous aimons.

Par conséquent, de nombreux nouveaux collectionneurs se sont investis dans le marché de l’ancienne (peut-être de moins en moins ancienne, à voir ci-après) et le marché s’est stabilisé sans pour autant laisser place aux restaurations approximatives faites par le passé. Désormais, le marché est guidé par des collectionneurs, plus nombreux et plus aguerris, les autos les plus belles, qu’elles soient superbement conservées ou magnifiquement restaurées, gardent ainsi une excellente cote. Un changement des goûts pour l’automobile, une question de mode ? Une question de génération plutôt.

L’automobile de collection répond à une certaine idée de ce qui n’est plus actuel et c’est bien là toute la question de sa définition car elle dépend de la génération qui la comprend. La vie d’une voiture semble effectuer un cycle. D’abord, elle est neuve, puis d’occasion, puis dépassée, puis une jeune ancienne « collectionnable », avant de devenir une voiture de collection.

Cette appréciation dépend forcément des générations car vos grands parents ont peut-être rêvé d’une Bugatti Type 57 ; vos parents, d’une Aston Martin DB4 ; mais vous, c’est peut-être une Peugeot 205 Turbo 16 qui trouve vos faveurs… Il est clair qu’aujourd’hui, celles qui étaient, il y a quelques cinq années en arrière, des youngtimers, entrent dans la classe collection et voient ainsi leurs valeurs conséquemment s’accroître. Qu’elles se nomment Bugatti EB110, Ferrari F50, ou Porsche 959, les super-cars des années 1980/90 ont presque triplé de valeur au cours des 5 dernières années.

Que doit-on retenir des enchères de ce début d’année 2022 ?

La saison des ventes aux enchères européennes fut ouverte aux dates habituelles et originelles de Rétromobille avec, le 2 février, la vente de RM Sotheby’s basée Place Vendôme, puis, le lendemain, le 3 février la vente de Bonhams au Grand Palais Ephémère.

Si la première vacation européenne de RM permit d’offrir une bonne vision du marché de la Ferrari ancienne grâce à la collection Petitjean et sa Ferrari 288 GTO (3.464.375 €) désormais plus chère qu’une 275 GTB/4 (2.367.500 €), la seconde permit une belle vision d’ensemble de l’état du marché grâce à une belle variété. Certaines Youngtimers comme une Bugatti EB110 vendue 1.817.000 € ou une Renault 5 Turbo à 120.000 € prouvent cet attrait générationnel, mais le marché pour autant garde du goût pour les années 1960, voire pour bien plus vieux quand les états sont superbes.

Ainsi, une DB4 très bien restaurée et à l’historique limpide s’échangeait 437.000 € quand une rarissime Pipe 15cv de 1904 en état d’origine s’offrait des enchères jusqu’à 759.000 €. Preuve en est que l’extraordinaire se paie.

Les enchères de Rétromobile ont-elles répondu aux attentes ?

A Rétromobile, la maison Artcurial tenait une vente comptant près de 200 voitures différentes, de toutes époques et dont les résultats témoignent très nettement d’une forte dynamique de marché, mais un marché tout de même régulé par la qualité historique et de présentation des automobiles offertes.

Bien sûr les supercars Ferrari ne font pas mentir leur réputation, les prix atteints par le quatuor de Maranello sont en constante augmentation, le record étant atteint par une F50 à 4 161 000 €. Complètement différentes mais dont le marché ne faiblit pas, contrairement aux attentes, les avant-guerre restent stables si leur qualité est au rendez-vous. Les collectionneurs recherchent des automobiles soit sportives, soit d’une grande authenticité voire d’une provenance précise. Par conséquent, les automobiles de la collection Lafourcade ont atteint de beaux prix avec notamment une Bugatti Type 35 reconstruite à 655 600 €, tandis que la reconstruction contemporaine de la Bugatti Aérolithe n’a pas trouvé preneur.

Les voitures de course pour leur part restent difficiles à vendre quand leur utilisation en compétition historique reste très restreinte .De ce fait, ni la Peugeot 908 LMP1, ni la Venturi 600LM n’ont trouvé preneur, tandis que la Porsche 908 et son très beau pédigrée s’est offert une adjudication à 4 390 000 €.

Nous n’énumèrerons pas l’intégralité des résultats de la vente, ils sont disponibles sur internet, mais le ressenti que cette vente offre, c’est que nous sommes actuellement témoins d’un regain d’intérêt pour les automobiles anciennes et les sportives récentes dont les prix de vente ne sont pas influencés à la baisse par les événements internationaux récents.

Et qu’en est-t-il des marchands ?

Le ressenti est semblable à celui des ventes aux enchères. Nous avons pu discuter avec certains d’entre eux. Il s’avère que les acheteurs d’automobiles anciennes ont un œil désormais plus affiné et n’achètent plus n’importe quoi à n’importe quel prix.

Néanmoins, les belles autos plaisent et attirent, certains vendeurs avaient par conséquent vendu diverses voitures sur leurs stands. Pour les restantes, leur vente dépendait d’une visite postérieure au salon, avec essai routier. Il y a quelques années encore, les acheteurs signaient le chèque sur place et dans la minute !

Après Rétromobile : à quoi s’attendre pour les mois à venir ?

Les mois à venir seront certainement faits de records, surtout pour les automobiles les plus
récentes. Les supercars dénommées Ferrari 288 GTO, F40, F50, Enzo ; Bugatti EB110 ; Porsche 959 ; Jaguar XJ220 et autres, continueront de monter, jusqu’à un certain point, attention à ne pas faire éclater la bulle. Bien sûr, tout ce qui s’approche de près ou de loin à ce qui prendra de la valeur suivra, l’on constate alors que les Ferrari et Porsche plus communes reprennent de la valeur et que le retour des événements amène à augmenter l’intérêt des amateurs aux voitures éligibles en course historique, ou bien en concours d’élégances et autres rallyes.

Si cette dynamique peut inquiéter certains, il faut surtout se rappeler qu’elle amène les collectionneurs à restaurer de mieux en mieux leurs autos ou au contraire et si c’est possible, à conserver de plus en plus les états d’origine ! Car c’est ce qui plait, l’état concours ou l’état d’origine, l’entre-deux deviendra de plus en plus compliqué à trouver preneur pour les voitures les plus haut-de-gamme ! Si vous, lecteurs, êtes acheteurs, nous ne saurions que vous conseiller d’envisager les voitures les mieux restaurées ou bien les plus originales possibles, quitte à les payer plus cher, tout du moins, si l’objectif étant de les revendre à plus ou moins cours délai.

Cependant, si vous cherchez une voiture pour vous amuser avec, rouler, faire des rallyes, des kilomètres, sans se soucier des éclats de peinture ou d’une éventuelle casse moteur, l’idéal serait de chercher une voiture « non-matching », restaurée il y a plus de dix voire quinze ans, saine, qui affichera des défauts ça et là mais surtout, qui aura été entretenue pour rouler et par conséquent, sera fiable.

Le regard est désormais porté sur les ventes européennes qui arrivent : Artcurial au Mans Classic, ainsi que Bonhams et RM lors du Grand-Prix Historique de Monaco !

Texte : Paul H

Photos : Célia Huart

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